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OUAGA FILM LAB 2018

Initié en Mars 2015, le OUAGA FILM LAB est un laboratoire de développement et de coproduction qui vise à renforcer la compétitivité des réalisateurs et producteurs d’Afrique, à faciliter leur accès aux différents grands laboratoires et fonds de financements internationaux ou locaux. La 3 ème édition qui  se déroule du 20 au 29 Septembre 2018 accueille, au cours de l’atelier Ouaga Producers Lab et de la résidence Ouaga Film Lab, 25 porteurs de projets cinématographiques du Bénin, du Burkina Faso, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Nigéria et du Sénégal, ainsi que plus d’une vingtaine d’experts venant d’Afrique, d’Europe et d’Amérique.
OUAGA PRODUCERS LAB
 Ouaga Producers Lab est un dispositif destiné aux professionnels d’Afrique francophone travaillant dans l´industrie cinématographique et audiovisuelle comme producteurs de fiction, documentaire ou de séries TV, et qui souhaitent dynamiser leurs compétences en production, direction de production et gestion d’entreprise. Quatre producteurs participent à l’édition 2018.
Esther TRAORÉ (Athena Films), productrice de Prejudice, par Kady TRAORÉ (Burkina Faso)
Kotchikpa R. AGBEDE (Strictness), producteur de Angel and Demon, par Yamowan Yves SOSSA (Bénin)
Ousmane SAMASSEKOU (DS Production), producteur de Tônsô, par Mamadou CISSE (Mali)
Tangui Jaloud ZAINOU (Artisan Prod), Producteur de In the Name of Memory, par Linda Leila (Niger)
Wilfried PARÉ (ABCA), Producteur de Etincelles, par Ouassila KHAROUNE (Burkina Faso)
OUAGA FILM LAB
10 projets ont sont sélectionnés.  Ils bénéficient d’ un accompagnement tout au long de la semaine et sont éligibles à plusieurs prix internationaux qui seront décernés le 29 septembre 2018.

Alhassane, The Master of Kharmou, projet de fiction de Idi NOUHOU (Niger), produit par Maman Siradji BAKABE – B@K TECHNO (Niger)
Amilcar Cabral, projet de documentaire de Rui Manuel DA COSTA (Guinea-Bissau), produit par  Carlos VAZ – Telecine Bissau (Guinea-Bissau)
Klema, projet documentaire de Aboubacar GAKOU (Mali), produit par Bassy KONATE – Les Films Du 7 (Mali)
The sheep of Sada, fiction de Pape Bouname LOPY (Sénégal), produit par Khadey ZIDNA Lydel Com Group (Sénégal)
Free to leave, free to stay, projet documentaire de Amina WEIRA (Niger), produit par  Carine Stella NZANG ASSOUMOU – Merveilles Production (Bénin)
Mami Wata, fiction de C.J. « Fiery » OBASI (Nigeria), produit par Oge OBASI – Fiery Film Company (Nigéria)
Moulaye, fiction de Alassane SY (Sénégal), produit par Baila SY – Proxycom (Sénégal)
Genetically Modified Religion, projet documentaire de  Simplice GANOU (Burkina Faso), produit par Rasmata KABORÉ – Tilé Fari Docs (Burkina Faso)
The rise and fall of Jammeh, projet documentaire de Mohamed Lamin TOURAY (Gambia), produit par Bubacarr JALLOW – Flame production (Gambia)
Wakat, fiction de Jean-Baptiste OUEDRAOGO (Burkina Faso), produit par Pierre Claver ZONGO – Yira Entertainment (Burkina Faso)

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Les mentors
Pierre Yaméogo, Burkina Faso
Dora Bouchoucha, Tunisie
Jihan El-Tahri, Egypte
Mama Keïta, Guinée
Moussa Sène Absa, Sénégal
Pedro Pimenta, Mozambique, sont les mentors de cette édition 2018 du OUAGA FILM LAB.
 

Claire Diao: « Je pense que le cinéma anglophone est en train de prendre le pas sur celui francophone »

J’ai connu Claire Diao sur TV5 monde Afrique. En effet, je suis abonnée à la rubrique critique cinéma, qu’elle anime deux fois par mois en alternance avec Djia Mambu. Je me suis ensuite abonnée à son site Awotélé. Durant le Festival International de Film de Durban, je l’ai rencontrée en vrai et je lui ai posé quelques questions, après un copieux repas qu’on a partagé.
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Bonjour Claire, présente-toi pour mes lecteurs, s’il te plaît.
Je suis Claire Diao, journaliste et critique de cinéma franco burkinabé. J’ai une société de distribution qui s’appelle  SUDU connexion et j’ai créé qui s’appelle Quartiers lointains. J’ai également cofondé la revue cinématographique panafricaine Awotélé
Ta personnalité est attachée à beaucoup de mots tels que Awotélé, Sudu connexion, quartier lointain. Explique-nous amplement,si tu le veux bien, chacun de ses concepts.
Ok je vais y aller dans l’ordre.
En 2013, j’ai fondé Quartier lointain, qui est un programme itinérant de courts métrages et qui circule entre la France, les Etats-Unis et plusieurs pays d’Afrique. L’idée c’est de proposer, une année, des courts métrages français issus de la diaspora et une année les courts métrages issus de la diaspora d’Afrique, toujours autour d’un thème. Pendant un an, on circule donc avec les films et on reverse les frais de locations aux producteurs.
En 2015, j’ai cofondé avec Michel Amarger une revue de cinéma qui s’appelle Awotélé et qui est publié trois fois par an à l’occasion des grands festivals du continent : les journées cinématographiques de Carthage, le festival international de Durban et le Fespaco au Burkina Faso. C’est une revue bilingue, français-anglais, avec des distributeurs à travers toutes l’Afrique.
En 2016, j’ai monté la société de distribution Sudu Connexion, pour porter à la fois Quartier lointain et Awotélé, mais aussi pour pouvoir proposer aux programmateurs, aux festivals et au chaines de télévision des contenus  d’Afrique et de sa diaspora qui manquent cruellement de visibilité.

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Le dernier numéro de Awotele


N’est-ce pas beaucoup pour une seule personne ?
J’essaie de m’entourer. J’ai beaucoup lancé les projets bénévolement. Cela demande beaucoup d’énergie, de trouver les financements et j’espère, à terme, avoir suffisamment de moyens pour pouvoir embaucher des personnes capables de supporter chacun de ces projets, afin de pouvoir déléguer au maximum.
Tu maîtrises très bien le cinéma anglophone et celui francophone en Afrique. Selon toi, où est-ce que le cinéma connait une belle ascension actuellement ?
Je pense que le cinéma anglophone est en train de prendre le pas sur celui francophone, notamment parce que le cinéma francophone a beaucoup été financé, par la France par exemple, par l’Europe et se développe un peu moins quand il y a une absence de financement. A l’inverse des anglophones qui ont toujours été habitués à se débrouiller d’eux-mêmes et ils ont une vision un peu plus business et commerciale du cinéma alors que du côté des francophones, il y a un amour du film, un amour du cinéma d’auteur.
Tu as récemment fait sortir un livre, Double vague. De quoi traite t-il?
Double vague, c’est le résultat de cinq années d’articles, d’interviews, avec une cinquantaine de cinéastes français, pour la plupart nés dans une double culture souvent de parents étrangers venus en France. Ils ont grandi en tant que Français et cela interroge leur place dans la société et l’image qu’ils ont envie de donner de la France, des gens qui leur ressemblent notamment parce qu’il y a beaucoup de discrimination en France, de représentation stéréotypée des personnes issues de la diaspora.
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Double Vague


Claire, connais-tu le cinéma béninois ? Que sais-tu de notre cinéma ?
Je sais assez peu de chose du cinéma béninois. Je connais le cinéaste Sylvestre Amoussou qui est l’un des principaux cinéastes à présenter des films aux FESPACO et qui auto-produit ces films. J’ai participé en 2012 au festival quintessence de Ouidah. Ça a été ma seule fois au Bénin. J’ai rencontré quelques cinéastes de courts métrages comme Kismath Baguiri. J’ai rencontré aussi Dorothé Dognon qui était directeur de la direction de cinématographie. Et je connais enfin le critique de cinéma Espera Donouvossi et l’ISMA qui est une école de cinéma au Bénin.
Dernière question  Claire, quel est ton top 5 des réalisateurs africains qui vont émerger dans les 10 prochaines années?
Top 5 oulala !!!! C’est dur d’en nommer, ils sont tous talentueux. Je pense que je continuerai de parler de Sibs Shongwe-La Mer, un sud-africain qui avait présenté « Necktie Youth » il y a deux ou trois ans et qui a eu beaucoup de succès, surtout du côté anglophone. Jim Chuchu du Kenya qui a fait avec le collectif NEST « Stories of our lives », qui se démarque avec son approche multidisciplinaire puisqu’il fait aujourd’hui des expositions photos de la réalité virtuelle. Je pense aussi à Kaouther Ben Hania, la réalisatrice tunisienne du film « La belle et la meute », elle s’est fait une place sur la scène internationale et je pense qu’elle continuera à se démarquer dans les années à venir. Le quatrième c’est Dieudo Hamadi de la République démocratique du Congo qui se fait remarquer dans l’univers du documentaire et cinquième Wanuri Kahiu, Rungano Nyoni qui se sont toutes deux faits repérer avec des courts métrages et qui sont passés au premier long avec « Rafiki » et «  I am not a witch ». j’aimerais que sur les prochains films elles nous surprennent, nous épatent. J’ai triché. Il y a ex æquo (rire).
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Claire Diao durant le Festival International de Film de Durban


Crédits Photos: Page Facebook Claire Diao.
 

Ciné Guimbi, de la mort à la vie.

Les salles de cinéma en Afrique, surtout francophone, ont progressivement disparu. Certaines sont devenues des lieux de cultes, d’autres des ghettos, d’autres encore des commerces ou des abris pour toutes sortes de reptiles. Une question que je reçois quotidiennement en tant que blogueuse cinéma c’est: « où voir un film africain ? ». C’est la grande question qui me fait balbutier. Au Burkina, une association a décidé de redonner vie à une salle de cinéma à Bobo-Dioulasso et un crowfunding a été lancé afin que chacun de nous puisse participer à ce merveilleux projet. Berni Goldblat nous en parle brièvement à travers cet entretien.
 
Bonjour Berni, présentes- toi stp.
Je m’appelle Berni Goldblat, cinéaste suisso-burkinabè. Je suis réalisateur, producteur et formateur en écriture documentaire. En 2017 mon long métrage de fiction cinéma, WALLAY, a eu sa première mondiale à la Berlinale et a depuis été sélectionné à 130 festivals et obtenu 17 prix.
Je suis également le président de l’Association de Soutien du Cinéma au Burkina Faso (ASCBF) qui porte le projet de la renaissance du Ciné Guimbi.
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Quel est l’état actuel du Ciné Guimbi ?
Le Ciné Guimbi est une salle de cinéma qui a ouvert en 1957 et qui a fermé en 2005. C’était la salle la plus populaire de Bobo-Dioulasso. Elle est située au centre-ville, non loin de la Mairie de Bobo. Nous avons commencé la lutte en 2013. Il fallait d’abord trouver les fonds pour racheter le terrain qui coûtait 80 millions de franc CFA, la salle appartenait à un particulier. Le nouveau cinéma est en chantier depuis 2015: Une salle de 174 places, un bar restaurant, des bureaux et un centre de ressource. C’est la phase 1 du projet. Lorsque cette phase sera achevée, nous débuteront les travaux de la grande salle de 324 places et une salle multifonction située au dessus qui pourra servir de salle de conférence, de 3ème écran, de salle de formation etc.
Parle nous de l’opération « Sauvons le ciné Guimbi ».
Depuis 2013 l’Association a levé environ 900’000 Euros. Des fonds publics et privés du Burkina, de Belgique, de France et de Suisse, de nombreuses personnes venues de partout, des fondations et des institutions ont contribué. Nous avons un réseau de plus de 80 festivals amis de part le Monde.
Le 8 juin passé une campagne de financement participatif a été lancée pour essayer d’atteindre la somme de 50’000 euros. Nous sommes aujourd’hui à 66% et nous espérons vivement atteindre la sommes prévue avant la deadline fixée au 23 juillet.
Le Ciné Guimbi est devenu le symbole de la résistance des salles de cinéma en Afrique. Le secteur est viable. De grands groupes internationaux ouvrent des salles aujourd’hui sur le Continent. Malgré la piraterie, les bouquets tv, internet etc rien ne remplace l’expérience unique de voir un film dans une salle de cinéma et à plusieurs. Nous sommes ravis de partager notre expérience avec nos collègues sur le Continent et d’ailleurs afin que d’autres Guimbi voient le jour.
A quoi va ressembler le nouveau Ciné Guimbi ?
Il sera bien plus qu’une salle de cinéma, il sera plutôt un centre culturel audio-visuel. Il y aura une priorité mise sur le cinéma africain mais il y aura aussi des films d’ailleurs, des blockbusters, des films d’auteurs, des documentaires etc. Un important volet d’éducation à l’image sera proposé aux jeunes de Bobo. Comme le disait feu Sembene Ousmane, « le cinéma, c’est l’école du soir ». Au Ciné Guimbi on pourra aussi assister à des conférences, découvrir des expositions, regarder des retransmissions de matchs de football, suivre des formations, écouter de la musique, rencontrer du monde, boire un verre et manger.
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On a hâte. Comment soutenir le ciné Guimbi ?
Je demande à tout le monde de faire un tour sur Notre page internet ulule afin de voir les vidéos, les photos et les infos qui expliquent le pourquoi et le comment de la campagne. Sur la page il est possible de contribuer en quelques clics.
Au Burkina Faso il est aussi possible de contribuer via le numéro Mobicash : 62 98 44 43
Ce n’est pas un projet pour Bobo-Dioulasso seulement mais un chantier pour toute l’Afrique. Notre souhait est qu’en 2019, lors du cinquantenaire du Fespaco, la première salle puisse déjà être opérationnelle. Elle sera magnifique, tout le monde se retrouvera à Bobo pour fêter ça.
Vous voulez aider le Ciné Guimbi ? Cliquez ici et n’oubliez pas de partager cet article.
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twitter:@cineGuimbi
Instagram:Ciné Guimbi
site web: www.cineguimbi.org

Interview Kismath Baguiri "je préfère le Bénin même si pour le moment il ne m’offre pas les meilleures opportunités"

Kismath Baguiri fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes béninois hyper motivée que j’aime. Elle est scénariste, réalisatrice, actrice de cinéma et organise depuis 2017 le Ciné229Awards. C’est la grande cérémonie qui récompense les acteurs du cinéma, qui se sont fait remarquer durant l’année. J’étais chez elle et devant nos bouteilles de bissap, elle a répondu à mes questions. Mais avant je lui ai demandé de faire un serment, parce-que notre jeune cinéaste est une grande cachotière.
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Bonjour Kismath. Alors en début d’interview, je voudrais que tu jures de tout dire à Ecranbénin, de n‘esquiver aucune question.
(Rire pendant un bon moment) On est au tribunal ???? Je vais répondre à toutes les questions sous réserve. Mais bon je promets, je vais répondre à tes questions dans la mesure du possible.
Kismath Baguiri, c’est qui  réellement ?
Kismath Baguiri, c’est une jeune béninoise qui a fait ses études à Parakou, et qui a ensuite continué dans le cinéma puisqu’elle est passionnée par l’art, tout ce qui est beau… Kismath c’est une jeune scénariste, réalisatrice, comédienne et chanteuse. Elle est attachée à des valeurs telles que la loyauté, l’humilité.
En tant que comédienne tu as quels films à ton actif ?
J’ai joué dans mon propre film, Health War, ensuite j’ai joué dans le film rhum’heure du réalisateur togolais Maxime Tchincoun qui a eu le Kodjo Ebouclé au clap Ivoire 2016, j’ai joué dans beaucoup de films d’étudiants et dans une série en Côte d’Ivoire « Intrigue à Babi ».
 
Et tant que scénariste et réalisatrice ?
J’ai à mon actif 2 court métrages fictions : « Health War » et  « Game over »  que j’ai écrit et réalisé, et mon tout dernier bébé qui est la saison deux de la série « Ting Tang » que j’ai réalisé. J’ai écrit le scénario « la bonne maitresse » une série ivoirienne.
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Parlant de Ting Tang, la salle était pleine à l’avant-première, ça fait quoi de voir le public béninois supporter notre cinéma.
Hum, Franchement j’étais surprise, ça nous a fait super plaisir. Ça veut dire que les gens croient en nous, et en ce que nous faisons. C’était très émouvant.

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Quelques membres de l’équipe technique de Ting Tang


Tu travailles aujourd’hui entre la Cote d’Ivoire et le Bénin, quel pays préfères-tu?
(Hésitante) C’est vrai que je suis sollicitée des deux côtés mais je reste béninoise à vie, donc je préfère le Bénin même si pour le moment il ne m’offre pas les meilleures opportunités. On est justement en train de travailler pour que les gens commencent à comprendre ce dont il s’agit réellement dans notre domaine et commencent à nous accompagner.
Ce n’est pas compliqué d’être à la fois chanteuse, comédienne et réalisatrice ?
Non, tous ces domaines se rejoignent, dans un film il y a des chansons, donc c’est simple pour moi de proposer des musiques de film, pour mes propres films ou pour les films d’autres auteurs. Pour le jeu d’acteur, c’est bien que j’ai des notions d’actorat afin de diriger les comédiens sur mes plateaux en tant que réalisatrice.
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KISMATH sur un plateau de  tournage


C’est quoi ton palmarès au jour d’aujourd’hui ?
J’ai eu mon plus gros palmarès avec le film Health War qui a été sélectionné à plusieurs festivals comme Emergence au Togo, Africlap en France, Ficmec et le Rebiap à Parakou, où il a eu le prix du meilleur montage et meilleure réalisation. Il a été sélectionné en Egypte, et a également participé à la fête du cinéma avec Canal+. Il est actuellement en compétition pour le Festimaj. J’ai aussi eu le prix du meilleur scénario au festival des séries en Côte d’Ivoire avec « Intrigue à Babi » et mon actrice Eliane Tapé a eu le prix de l’interprétation féminine.
Avec ton association Terre D’ében tu organises depuis l’année dernière l’évènement ciné229, tu peux me rappeler le concept stp ?
C’est une soirée au cours de laquelle on récompense les meilleurs jeunes talents du domaine cinématographique. La particularité, c’est que tout le monde est récompensé, technicien, acteurs,… La première édition a eu lieu en décembre 2017 et nous sommes en train de préparer la seconde édition.
Quelle va être la particularité de ciné229awards 2018 ?
On aura éventuellement des invités internationaux qui ont déjà donné leur accord de principe, les lauréats de l’édition passée feront un film qui sera projeté à cette édition. Cela permet de cultiver l’union, l’entraide entre les cinéastes de la nouvelle génération. Donc si des personnes ont envie de se positionner comme sponsors ou partenaires, c’est le moment.
Je sais et je sens que tu es en train de travailler sur un nouveau projet. Parles-nous du projet et n’oublie pas le serment du début.
Hahaha le fameux serment !!! C’est bien deviné, mais je ne travaille pas sur un, mais sur plusieurs projets en même temps. Il y en a qui sont prioritaires. Parmi eux il y a la promotion de la série Ting Tang, l’organisation de la seconde édition de ciné229awards et la réalisation de mon prochain court métrage. Je sais que tu veux que je parle du film mais je ne le ferai pas avant avoir bouclé le projet. La seule chose que je peux te dire, c’est que ça raconte l’histoire d’une domestique et parmi les actrices du film, il y a la talentueuse Carole Lokossou. Mais c’est promis, Ecranbenin verra le film en premier.
Je suis rassurée. Dernièrement tu étais sur deux festivals, Série-Série et les Journées Cinématographique de la Femme Africaine de image au Burkina Faso où tu as rencontré de grandes dames telles que Marguerite Abouet et Naky Sy Savané, qu’est-ce que tu as appris durant ces Festivals ?
J’ai appris énormément. A Série Série, j’ai rencontré assez de producteurs, réalisateurs dont j’avais vu les œuvres par le passé, j’ai eu assez de conseils, de techniques et d’approches pour mes projets.
J’ai bénéficié de beaucoup de conseils avec Marguerite Abouet. Naky Sy aujourd’hui, c’est ma maman d’un autre pays. J’ai appris de ces deux grandes dames. Aux JCFA j’ai rencontré des femmes merveilleuses qui font beaucoup pour le cinéma africain. C’est dommage qu’elles n’aient pas la même cote de popularité que les hommes
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Kismath au côté de certaines cinéastes africaines pendant les JCFA


Pour finir, qu’est ce qui reste selon toi au Bénin, pour devenir une vraie nation du cinéma ?
Il reste beaucoup de choses à faire, mais il faut saluer le travail des cinéastes. Il y a de plus en plus de projets de qualité qui sortent du Bénin. Il faut mettre en place une meilleure politique pour la promotion de notre cinéma, rouvrir nos salles qui ont fermées. Il faut que les chaines de télévision apprennent à consommer les productions béninoises, et il faut que le public apprenne aussi à consommer le cinéma local.

L'Académie des SOTIGUI est née.

Vous connaissez l’Académie des Césars, l’Académie des Oscars, l’Afrique a désormais son Académie : l’Académie des Sotigui. C’est une initiative de Kévin Moné initiateur des Sotigui Award.
Je vous laisse lire le communiqué qui annonce officiellement la création de cette académie dont nous sommes fière.
« PROMOTION ET VALORISATION DU CINEMA AFRICAIN ET DE LA DIASPORA :
UNE ACADEMIE POUR L’AFRIQUE
Depuis deux ans, Ouagadougou abrite la prestigieuse et l’unique cérémonie africaine de récompense des talents dans les films africains et de la diaspora : les SOTIGUI AWARDS. Véritable plateforme et rendez-vous de valorisation du talent de l’acteur comédien, les SOTIGUI AWARDS ont confirmé leur utilité et convaincu l’ensemble des acteurs du monde du cinéma au plan national et africain en seulement deux éditions. Dans une logique de professionnalisation et pour répondre au principe de l’immensité de l’homme qui donne son nom à l’évènement (SOTIGUI KOUYATE), il est décidé de la création d’une Académie des Arts Cinématographiques Africains et de la Diaspora. Ainsi, à l’image des Césars qui sont organisés par l’Académie des CESARS, les Oscars organisés par l’Académie des OSCARS, les SOTIGUI AWARDS seront désormais organisés par l’Académie des SOTIGUI.
L’Académie des SOTIGUI est composée des professionnels de l’industrie cinématographique, répartis en neuf collèges de « métiers » (acteurs, réalisateurs, auteurs, techniciens, producteurs, distributeurs et exportateurs, industries techniques, agents artistiques, directeurs de casting, attachés de presse, exploitants). A ces acteurs viennent s’ajouter des personnalités dont l’activité soutient le rayonnement et le dynamisme du cinéma en Afrique, rassemblées dans un dixième collège de « membres non professionnels ».
L’Académie est régie par l’Association pour la Promotion du Cinéma Africain et de la Diaspora (APROCAD). Cette association, créée spécialement dans ce but en 2018 est reconnue sous le récépissé N° 3291 et est pilotée par Evrard Jean Kevin MONE. Elle est en charge de l’ensemble des opérations organisées dans le cadre de la poursuite des objectifs de l’Académie.
La promotion, et la pérennisation des SOTIGUI AWARDS restent les chantiers visibles de l’Académie qui envisage en sus, œuvrer dans l’organisation d’évènements dédiés et la professionnalisation des acteurs comédiens du cinéma africain et de la diaspora.
« Il y’a des choses qu’on peut faire, il y’a des choses qu’on veut faire mais il y’a des choses qu’on doit faire », disait SOTIGUI KOUYATE et à titres, si d’aucuns ont les césars, d’autres les oscars, l’Afrique doit avoir ses SOTIGUI et son Académie.
Pour le commissariat général des SOTIGUI AWARDS »
Evrard Jean Kevin MONE, Président de l’Académie
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« Ouaga girls» rompt avec les stéréotypes du sexe faible.

Mars, je l’ai dit, est consacré à la femme sur le blog. Je vous fais découvrir aujourd’hui Ouaga girls, un film réalisé par une femme sur les femmes.

Ouaga girls est un documentaire de 83 minutes, réalisé par Theresa Traoré Dahlberg, une jeune suédo-burkinabè. La réalisatrice signe, avec cette œuvre, son premier long métrage, à travers lequel elle nous plonge dans le bleu de huit mécaniciennes en formation à Ouagadougou.
Pourquoi ce film est-il top ?
J’aime les documentaires, mais j’aime encore plus Ouaga girls à cause de l’histoire qui est racontée. Des jeunes femmes venues d’horizon divers, ayant eu des histoires différentes : absence d’une mère pour l’une, maternité trop tôt pour une autre…, chacune des ouaga girls dégage une énergie, une envie de réussir dans le métier choisi, « la mécanique auto ». Dans la discussion, entre les filles du centre professionnel et les hommes qui s’étonnent de voir des filles avec des clés à molette sous des véhicules, on retient qu’il n’y a pas de métier exclusif pour les hommes ni pour les femmes.

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Il n’y a pas de métier exclusif pour les hommes ni pour les femmes


Une femme mécanicienne, on pourrait penser qu’elle perdrait sa féminité, mais ce n’est pas le cas de ces filles, qui prennent soin d’elles. La réalisatrice nous offre même un passage chez la coiffeuse où l’une des futures mécaniciennes se rend belle. La coiffeuse, un peu surprise d’ailleurs, lui jette un «  tes cheveux ne vont pas te déranger ?  », auquel elle répond : «  non, il suffit que j’attrape bien et je ferai mon travail ».
Elles savent aussi s’amuser, entre les potins en classe, les sorties dans les boites de nuit et les concerts. Des filles équilibrées en somme.
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Le film, contrairement à certains films documentaires, n’ennuie pas, les histoires racontées accrochent, les images sont très fluides, le son est également présent avec une belle musique de film, sur laquelle le père de la réalisatrice, Richard Saidou Traoré, a travaillé. On a l’impression, en suivant ce long métrage, qu’on est dans le film et qu’on est caché dans une pièce de laquelle on découvre le secret des huit Ouaga girls. On est partout : à la maison, à l’école, dans les lieux de détente, chez la psychologue, etc. On est même présent pendant les examens et on sait qui essaie de tricher ou pas.
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Bintou une Ouaga Girl et sa petite fille à la maison


La motivation de Theresa
J’ai suivi deux fois Ouaga Girls et, à la fin de la deuxième visualisation, j’ai discuté avec Theresa sur le film. Je sais que les films sur les minorités marchent bien mais je voulais comprendre ses motivations. Elle m’a répondu ceci : « Je suis intéressée par les sujets qui abordent les choix que nous faisons dans la vie. Ce qui se cache derrière nos décisions, comment la société nous influence. J’ai fait un premier film Taxi sister sur un chauffeur de taxi à Dakar. J’ai fait ensuite Ouaga girls que je trouve intéressant puisque ces filles sont comme des pionnières. Elles sont venues à l’école pour différentes raisons. J’ai eu envie de les suivre dans leur quotidien : école, maison, vie nocturne. Je voulais aussi faire un film où je pouvais laisser le cinéma fier, plein d’énergie et plein d’espoir et c’est que je crois avoir fait dans Ouaga girls ».
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Theresa Traoré Dahlberg


Je ne sais pas si ce billet vous a mis l’eau à la bouche mais si vous êtes intéressé et que vous vous trouvez à Ouagadougou ou en France, le film passe actuellement en salle. Par contre, si vous êtes hors de ces deux pays, aucun problème. Vous n’avez qu’à patienter car, il sera bientôt diffusé sur TV5 monde. Je vous dirai quand c’est le moment sur ma page Facebook. Aimez la page pour avoir l’information.  Cliquez ici