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Kinshasa Collection : voyage au cœur des sapeurs congolais.

Bonjour la team EcranBénin.

Je vous remercie pour votre fidélité au blog. Merci de lire et de partager mes articles. Cette année je ferai encore l’effort de vous envoyer au cœur du cinéma africain à travers les festivals, les sorties de film et les interviews.

Pour ce premier article de l’année, je vous propose de voir un documentaire assez fun sur la mode : Kinshasa Collection.

Kinshasa Collection est une Web Série  qui se déroule entre  Kinshasa, Guangzhou et Berlin. Dans le film, on parle de la sapologie,  le style propre aux congolais.  Des Allemands (Pascal Capitolin, Dorothée Wenner, Jana Keuchel) sont envoyés au Congo afin de tourner une bande-annonce pour une campagne d’images destinée à changer la perception du public sur l’Afrique, en Allemagne. Durant tout le film, on assiste donc à leur aventure sur la terre africaine.

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Dorothée, Pascal et jana

Lors du tournage, l’équipe rencontre les célèbres acteurs de la mode, les cinéastes locaux et des designers dont la créativité dépasse de loin les tenues ordinaires. Ils découvrent le  «Kizobazoba» –  qui veut dire en lingala  «improvisation». Ils travaillent autour de ce projet. Vous verrez dans le film une équipe traverser des hauts et des bas, un peu pour nous dire armez-vous en 2019, vous traverserez des hauts et des bas mais vous devrez vous en sortir.

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Des mannequins congolais

C’est un documentaire de 6 épisodes, d’environ 30 minutes chacun. Je l’ai fini en une soirée à cause du montage qui vous donne envie de voir en même temps la suite. Ce film renseigne également sur les origines de cette mode assez extravagante dont les congolais raffolent. Je ne vous le cache pas, je suis également tombée amoureuse du générique début de ce film. Alors,envie de tester le « Kizobazoba » ou plutôt la web série « Kinshasa collection » ? Cliquez ici

Bonne et heureuse année 2019

 

Crédit Photos: Kinshasa Collection

Claire Diao: « Je pense que le cinéma anglophone est en train de prendre le pas sur celui francophone »

J’ai connu Claire Diao sur TV5 monde Afrique. En effet, je suis abonnée à la rubrique critique cinéma, qu’elle anime deux fois par mois en alternance avec Djia Mambu. Je me suis ensuite abonnée à son site Awotélé. Durant le Festival International de Film de Durban, je l’ai rencontrée en vrai et je lui ai posé quelques questions, après un copieux repas qu’on a partagé.
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Bonjour Claire, présente-toi pour mes lecteurs, s’il te plaît.
Je suis Claire Diao, journaliste et critique de cinéma franco burkinabé. J’ai une société de distribution qui s’appelle  SUDU connexion et j’ai créé qui s’appelle Quartiers lointains. J’ai également cofondé la revue cinématographique panafricaine Awotélé
Ta personnalité est attachée à beaucoup de mots tels que Awotélé, Sudu connexion, quartier lointain. Explique-nous amplement,si tu le veux bien, chacun de ses concepts.
Ok je vais y aller dans l’ordre.
En 2013, j’ai fondé Quartier lointain, qui est un programme itinérant de courts métrages et qui circule entre la France, les Etats-Unis et plusieurs pays d’Afrique. L’idée c’est de proposer, une année, des courts métrages français issus de la diaspora et une année les courts métrages issus de la diaspora d’Afrique, toujours autour d’un thème. Pendant un an, on circule donc avec les films et on reverse les frais de locations aux producteurs.
En 2015, j’ai cofondé avec Michel Amarger une revue de cinéma qui s’appelle Awotélé et qui est publié trois fois par an à l’occasion des grands festivals du continent : les journées cinématographiques de Carthage, le festival international de Durban et le Fespaco au Burkina Faso. C’est une revue bilingue, français-anglais, avec des distributeurs à travers toutes l’Afrique.
En 2016, j’ai monté la société de distribution Sudu Connexion, pour porter à la fois Quartier lointain et Awotélé, mais aussi pour pouvoir proposer aux programmateurs, aux festivals et au chaines de télévision des contenus  d’Afrique et de sa diaspora qui manquent cruellement de visibilité.

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Le dernier numéro de Awotele


N’est-ce pas beaucoup pour une seule personne ?
J’essaie de m’entourer. J’ai beaucoup lancé les projets bénévolement. Cela demande beaucoup d’énergie, de trouver les financements et j’espère, à terme, avoir suffisamment de moyens pour pouvoir embaucher des personnes capables de supporter chacun de ces projets, afin de pouvoir déléguer au maximum.
Tu maîtrises très bien le cinéma anglophone et celui francophone en Afrique. Selon toi, où est-ce que le cinéma connait une belle ascension actuellement ?
Je pense que le cinéma anglophone est en train de prendre le pas sur celui francophone, notamment parce que le cinéma francophone a beaucoup été financé, par la France par exemple, par l’Europe et se développe un peu moins quand il y a une absence de financement. A l’inverse des anglophones qui ont toujours été habitués à se débrouiller d’eux-mêmes et ils ont une vision un peu plus business et commerciale du cinéma alors que du côté des francophones, il y a un amour du film, un amour du cinéma d’auteur.
Tu as récemment fait sortir un livre, Double vague. De quoi traite t-il?
Double vague, c’est le résultat de cinq années d’articles, d’interviews, avec une cinquantaine de cinéastes français, pour la plupart nés dans une double culture souvent de parents étrangers venus en France. Ils ont grandi en tant que Français et cela interroge leur place dans la société et l’image qu’ils ont envie de donner de la France, des gens qui leur ressemblent notamment parce qu’il y a beaucoup de discrimination en France, de représentation stéréotypée des personnes issues de la diaspora.
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Double Vague


Claire, connais-tu le cinéma béninois ? Que sais-tu de notre cinéma ?
Je sais assez peu de chose du cinéma béninois. Je connais le cinéaste Sylvestre Amoussou qui est l’un des principaux cinéastes à présenter des films aux FESPACO et qui auto-produit ces films. J’ai participé en 2012 au festival quintessence de Ouidah. Ça a été ma seule fois au Bénin. J’ai rencontré quelques cinéastes de courts métrages comme Kismath Baguiri. J’ai rencontré aussi Dorothé Dognon qui était directeur de la direction de cinématographie. Et je connais enfin le critique de cinéma Espera Donouvossi et l’ISMA qui est une école de cinéma au Bénin.
Dernière question  Claire, quel est ton top 5 des réalisateurs africains qui vont émerger dans les 10 prochaines années?
Top 5 oulala !!!! C’est dur d’en nommer, ils sont tous talentueux. Je pense que je continuerai de parler de Sibs Shongwe-La Mer, un sud-africain qui avait présenté « Necktie Youth » il y a deux ou trois ans et qui a eu beaucoup de succès, surtout du côté anglophone. Jim Chuchu du Kenya qui a fait avec le collectif NEST « Stories of our lives », qui se démarque avec son approche multidisciplinaire puisqu’il fait aujourd’hui des expositions photos de la réalité virtuelle. Je pense aussi à Kaouther Ben Hania, la réalisatrice tunisienne du film « La belle et la meute », elle s’est fait une place sur la scène internationale et je pense qu’elle continuera à se démarquer dans les années à venir. Le quatrième c’est Dieudo Hamadi de la République démocratique du Congo qui se fait remarquer dans l’univers du documentaire et cinquième Wanuri Kahiu, Rungano Nyoni qui se sont toutes deux faits repérer avec des courts métrages et qui sont passés au premier long avec « Rafiki » et «  I am not a witch ». j’aimerais que sur les prochains films elles nous surprennent, nous épatent. J’ai triché. Il y a ex æquo (rire).
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Claire Diao durant le Festival International de Film de Durban


Crédits Photos: Page Facebook Claire Diao.
 

Huguette Goudjo, Costumière de cinéma et fière.

Huguette fait partie des perles du cinéma béninois. Assez discrète, on n’entend pas vraiment parler d’elle. Moi je l’ai découvert en discutant avec le producteur congolais Rufin Mbou Mikima. Il m’a dit : « le Bénin a de très belles personnes dans le cinéma. Je travaille d’ailleurs avec une chef costumière du Bénin pour le second long métrage de Françoise Ellong,  que je produis au Cameroun ». J’étais stupéfaite : une costumière béninoise ? difficile d’y croire. J’ai alors décidé de mener ma petite enquête sur cette dame et ce que j’ai découvert est juste époustouflant. Son CV est une merveille et elle s’impose, peu à peu, comme une figure importante du cinéma africain. Elle a été costumière sur L’œil du cyclone de Sékou Traoré (2015), Vindicte de Ange-regis Hounkpatin (2016), Walay de Berni Goldblat (2017), Cessez le feu de Emmanuel Courcol (2017), ou encore Kuntak de Françoise Ellong (2018),entre autres. Elle est actuellement au Bénin et j’ai sauté sur l’occasion pour la rencontrer, afin de vous faire découvrir le métier de costumière de cinéma.

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Rufin Mbou Mikima et Huguette Goudjo


Qu’ est ce qu’ une costumière de cinéma ?
C’est une technicienne du cinéma qui s’occupe, surtout au moment de la préparation du film, de gérer les costumes, de parler avec le réalisateur et de comprendre sa vision, dans le but de décider du costume qui ira à chaque acteur du film.
Je crois que costume, ici, signifie vêtement. Est-ce à dire que le costumier est un couturier ?
Oui. Quand on est costumier, on doit forcément avoir la base, le B-A BA de la couture. Moi je dessine parfois les croquis de ce que je veux, pour aider le styliste.
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Huguette costumière sur le film l’œil de cyclone avec l’acteur Burkinabé Rasmané Ouedraogo


Où as-tu appris ce métier ?
Sur le tas. Après mon bac, je suis entrée à l’université où j’ai commencé le secrétariat, mais je n’aimais pas ça. Je ne me voyais pas assise derrière un bureau. Et quand je suivais le journal avec ma mère les soirs, je lui disais : « tiens, cette journaliste est mal habillée » et ma mère me refoulait, genre « toi tu sais quoi des habits et du style ». Avec le temps, j’ai compris que je voulais évoluer dans un domaine ayant un lien avec les habits et j’ai fini par choisir le métier de costumière. J’ai reçu des cours en ligne de costumières françaises et c’est ainsi que je suis devenue costumière.
Te rappelles-Tu de ton premier film ?
C’était en 2008. Dix ans maintenant. C’était « Deuxième bureau » de Sanvi Panou. J’ai été sollicitée par un technicien de Laha Productions pour prendre le scénario. J’ai flippé parce que c’était mon baptême de feu et je n’avais que mes cours, appris dans des documents. Je n’avais ni coach ni mentor. Je me demandais si je serais à la hauteur. En fin de compte, j’ai réussi ce test et il n’y a eu aucune erreur de raccord. J’étais fière de moi. Après cela, le réalo m’a rappelée pour faire la série entière. J’ai été très chanceuse et cela m’a servi de publicité car, la série est diffusée sur certaines chaînes tv de certains pays sous-régionaux
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Huguette costumière sur le film béninois « le retour du roi » réalisé par Roger Nahum


Tu sais, je me promène souvent sur les plateaux des réalisateurs et je ne vois pas vraiment de costumière. Le métier te fait-il vivre ou chômes-tu souvent ?
(Rire) C’est vrai que ce métier est très saisonnier. Tu peux chômer pendant six mois avant d’avoir un nouveau contrat. Mais au Bénin, on ne travaille presque jamais parce que la qualité des œuvres n’impose pas, encore, la présence d’un costumier. Il y a beaucoup de postes qui ne sont pas sollicités sur les plateaux dont celui de costumier. Donc, on est obligé d’avoir des contacts à l’étranger et d’aller bosser sur les projets hors du Bénin.
Il est vrai que c’est ton gagne-pain mais, en toute honnêteté, ne penses-tu pas qu’on peut se passer de ce poste, surtout sur les petites productions ?
Cela est impossible si tu veux avoir un bon résultat. On dit souvent que les postes du cinéma sont complémentaires, donc quand un poste manque, on le ressent sur la version finale du film.
D’accord. Parlons cash à présent. Les costumiers gagnent-ils gros sur les plateaux ?
(Rire pendant un bon moment) Cela dépend de votre contrat. Mais sur une bonne production, le costumier peut être à 50 milles francs par jour et ça, c’est quand il veut bosser gratis, parce que c’est un travail épuisant. Maintenant, si le tournage est long, vous pouvez négocier sous forme de forfait et avoir 4-5 millions pour 30 jours. L’autre chose, c’est que sur les productions, on joue souvent le rôle de costumier et d’habilleur, qui est normalement un autre poste du cinéma. Cela fait que notre cachet est vraiment un forfait.
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Huguette a travaillé sur le film « Kuntak » de Françoise Ellong. Le film n’est pas encore sorti


Si un jeune a envie de suivre tes pas, que doit-il faire pour devenir costumier ?
Je le prends tout de suite avec moi. Au Bénin, je n’ai jamais vu une personne s’intéresser à ce métier. Je n’ai pas d’assistant donc je pourrai le prendre avec moi afin de partager mes connaissances avec lui. Je l’emmènerai sur mes plateaux, au Bénin ou à l’étranger, pour qu’il puisse s’exercer. Je recommanderais quand à ces jeunes, qui ont envie d’embrasser cette carrière, de voir des films, de faire attentions aux costumes et à tous les détails qui y figurent, selon le personnage, etc..
Huguette, c’est la fin de l’entretien que je te laisse conclure..
Merci Cornélia. Je vais simplement dire que j’aime mon métier, j’adore ce que je fais. Et je voudrais partager ceci avec toutes les personnes qui travaillent dans le cinéma : «  il faut être humble ». Quand on n’est pas humble, on n’est pas compatible avec le cinéma.
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Huguette et moi. On a passé un bel après-midi


Crédit photo: Huguette Goudjo

L’incroyable histoire de Véronique Tshanda Beya.

Avec Vero, On a commencé à travailler sur cet article depuis Aout-Septembre 2017, mais j’ai tenu à le mettre comme dernier article sur le blog pour une seule raison : elle est l’actrice africaine de l’année et il faut clôturer avec elle (lol). On l’a vue sur toutes les chaînes et dans tous les magazines(enfin,ceux qui suivent l’actualité cinématographique) . Elle a interprété avec brio le rôle de Félicité dans le film éponyme réalisé par Alain Gomis. Cette femme forte, drôle et humble, grosse inconnue de tous avant 2017 a une histoire digne d’un conte de fées.
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Avant Félicité le casting…
Etre actrice a toujours été son rêve mais, n’ayant pas eu de soutien, elle a rangé ce rêve au placard. Elle a fait des études de science commerciale et de marketing. Sans boulot, elle a enchaîné de petits jobs, et fait du commerce « informel » dans sa ville Kinshasa. Une amie connaissant sa passion pour le théâtre, lui a proposé de participer au casting du film Félicité et elle a tenté sa chance. Deux mois, après elle n’avait toujours pas eu de suite et s’est imaginé un échec. Elle a finalement été invitée à passer un second casting puis un troisième et un quatrième et a obtenu le rôle principal du film devant des comédiens professionnels. Son incroyable histoire d’actrice commence là.

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Vero Beya pendant le tournage de Félicité


Félicité
Dans le Film d’ Alain Gomis, la belle congolaise incarne le rôle de Félicité, une chanteuse, mère d’un garçon de 16ans. Un jour son fils a un accident. Pour sauver, ce dernier d’une amputation, Félicité se lance dans une quête désespérée à travers la ville. Elle parcourt ses relations pour trouver l’argent nécessaire, elle est parfois prise en pitié, parfois très humiliée. Vero a brillement tenu le rôle, ce qui lui a valu sa fulgurante ascension.
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De la vente de vêtements aux tapis rouges et festivals
Après des séances de répétition, des mois de tournages et de post-production, le film a été présenté pour la première fois à Berlin en Allemagne. C’est le début des red-carpet pour notre star congolaise qui a ensuite enchaîné les apparitions sur plusieurs festivals, des passages à la télé et des interviews. Le film a eu un palmarès de ouf (grand prix du jury à la berlinade 2017, Etalon d’or de Yennenga au Fespaco 2017, nominé parmi les 9 films -sur 91-de la short liste de la catégorie du « meilleur film long métrage » en langue étrangère de la 90è Edition des oscars du cinéma aux Etats-Unis).
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Vero Beya sur Le Walk of Fame


2018…
L’actrice dont l’histoire rappelle celle de Rachel Mwanza (actrice congolaise aussi) a promis ne pas disparaitre des écrans. Elle va continuer dans l’arène cinématographique et aurait des surprises pour très bientôt. 2018 c’est dans quelques jours et on a hâte de voir ce que tu nous réserves Vero.
Crédit Photo: Page Facebook Vero Bea & Félicité