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Rencontre avec l’actrice sénégalaise Fatou Jupiter Touré

Si vous avez regardé la série « C’est la vie » de Marguerite Abouet, vous êtes sûrement tombé amoureux de la belle, douce et gentille sage-femme Assitan. Au FESPACO dernier, j’étais avec elle et j’ai pu recueillir quelques mots d’elle pour Ecranbenin. Croyez-moi, Fatou Touré (son vrai nom) est aussi douce que Assitan.

Fatou Jupiter Touré.  Jupiter c’est vraiment ton prénom ?

Bien sûr! je m’appelle réellement Jupiter (rire). C’est un prénom qu’on retrouve assez couramment au Sénégal. C’est vrai que c’est un prénom plutôt masculin, mais on le retrouve souvent dans une ville appelée St Louis et c’est de là que mon homonyme est originaire.

Je connais la camerounaise Lucie Memba Bos qui est passé d’actrice à productrice, toi c’est le contraire.

C’est le cours normal de la vie hein. Moi j’ai commencé avec le théâtre à l’université. Ensuite, j’ai rejoint une école de cinéma où je restais devant et derrière la caméra. On a étudié en tronc commun et moi à la fin de ma formation, j’ai travaillé à la production de mon école. Puis j’ai continué comme productrice et technicienne audiovisuelle.

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L’actrice productrice camerounaise Lucie Memba Bos

Et est-ce après cela que tu as rejoint la série  « C’est la vie » comme actrice ?

Non non. «  C’est la vie » n’est pas mon premier film dans lequel je jouais comme actrice mais c’est cette production  qui m’a révélée hors du Sénégal. Avant cela, j’ai été membre de plusieurs compagnies, j’ai joué dans des publicités et des courts-métrages. «  C’est la vie » qui  m’a révélée au public à une époque où je voulais juste être scénariste. Je voulais être scénariste sur la production et on m’a proposé le casting.

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Fatou Jupiter Touré interprète de Assitan dans la série « C’est la vie » (ph: VBLOCH.COM)

Finalement, tu as fait les deux (scénario et acting) sur la production ?

Pas du tout. Je n’ai plus touché à l’écriture. Je n’avais plus le temps parce que quand ça commence, c’est vraiment une grosse machine. La première saison a duré 6 mois de tournage et donc c’était impossible de faire autre chose.

Et une journée de tournage sur « C’est la vie » ressemble à quoi ?

La journée pour moi commence à 5h.On vient me chercher à 6h du matin, je travaille jusqu’à 18h et le temps de rentrer il est 20h. Et je prépare les jeux du lendemain. Dans la journée, on a une de pause d’une heure  donc le rythme est assez soutenu.  Et ça va très vite.

Après « C’est la vie », direction le  Ghana pour travailler sur « Yellow Pepper » la série du bouillon culinaire Maggie.

Oui, c’est ce que j’appelle les belles surprises de la vie. La production de « Yellow Pepper » cherchait dans chaque pays de l’Afrique de l’ouest et du centre  un acteur ou  une actrice qui pouvait représenter son pays et c’est comme cela que j’ai été choisie pour le Sénégal.  Deux autres sont venus de la Côte d’Ivoire, une autre du Cameroun et d’autres du  Nigéria et du Ghana

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Fatout Touré et ses collègues sur la série « Yellow Pepper

Et quel rôle as-tu joué ?

Je jouais le rôle d’un agent infiltré, enquêtrice aux affaires économiques. Il y avait une fraude dans une banque et j’étais dépêchée par  le ministère des finances pour venir enquêter donc j’avais une sorte de double rôle. J’étais une voisine parfaite qui avait une fille mais derrière, je tenais mon rôle d’enquêtrice.  J’avoue que c’est une expérience qui m’a beaucoup amusée parce que ça a changé du caractère très souriant d’Assitan  de «  C’est la vie ».

Yellow Pepper n’était pas unilingue, il y avait du français et de l’anglais. Comment vous compreniez-vous sur le plateau ?

Le but de la série, c’était faire rencontrer le monde francophone et celui anglophone.  A l’université, j’ai étudié l’anglais et dans mon parcours il m’arrivait de le pratiquer. Quand j’ai participé au casting via WhatsApp, je n’étais pas très sûre de l’anglais et lorsque j’ai eu le rôle, j’ai commencé à écouter BBC, regarder les films en anglais etc… après ils ne cherchaient pas forcément quelqu’un qui avait un anglais académique.

Après « Yellow Pepper » qu’as-tu fait ?

J’ai tourné dans une série sénégalaise toute nouvelle qui est en montage actuellement, réalisée par une jeune femme très dynamique qui s’appelle Fatim Cissé et la série s’appelle « Djiguène » qui veut dire Femme en langue Wolof et elle parle de la femme dans la  société sénégalaise d’aujourd’hui entre la modernité et la tradition, des femmes qui se battent pour apporter quelque chose au développement et surtout de la solidarité féminine qui est importante pour moi.

A propos de femme, de féminisme et de solidarité, les femmes ont lancé au fespaco le mouvement #MêmePasPeur. Qu’est-ce que tu en penses ?

C’est une très bonne chose  parce que la femme est au cœur de toutes les activités et souvent dans les représentativités, on se rend compte que nous sommes minoritaires, et certaines femmes sont confrontées à des problèmes auxquels les hommes ne font pas forcément face et c’est souvent dans le silence.  J’étais dans la salle quand Azata Soro a raconté son histoire et il y a eu beaucoup d’autres témoignages. Je pense que c’est une bonne chose que la parole des femmes soit libérée mais surtout qu’elle soit suivie d’action parce qu’il ne faut plus qu’on soit seules.

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« Je pense que c’est une bonne chose que la parole des femmes soit libérée »

Pour finir Fatou, tu organises pour ce mois d’avril des Awards au Sénégal. Peux-tunous en dire plus ?

(Enthousiaste) Ah oui !!!! C’est d’ailleurs la principale raison de ma présence au FESPACO. J’organise le 25 avril prochain les Terranga Movies Awards (TMA) qui sera une cérémonie de récompense du cinéma et de l’audiovisuel pour l’Afrique et la diaspora. Le but de cette cérémonie, c’est de faire de Dakar une plaque tournante, une porte ouverte sur l’Afrique de par sa position géographique. Apporter une alternative à ce qui existe déjà comme le FESPACO, une alternative qui aura une touche particulière parce que c’est la diaspora et l’Afrique qui sont au centre de l’évènement et au-delà de cette cérémonie, l’autre objectif en tant que sénégalaise c’est faire un évènement qui va durer dans le temps. L’évènement sera donc annuel.  La veille de l’évènement, il y aura une table ronde avec les personnes du monde du cinéma et de l’audiovisuel afin de parler, pour cette première édition, de comment trouver des financements durables pour le cinéma parce qu’on est très dépendant de certains guichets.

Crédits Photos: Fatou Jupiter Touré

Le film ivoirien Résolution remporte le prix Félix Houphouët-Boigny  du Conseil de l’Entente lors du  Fespaco 2019

Depuis 2015, le Conseil de l’Entente prime un film avec un trophée d’une valeur d’un million de Fcfa et une enveloppe de 10 millions de F CFA.

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Le prix spécial Félix Houphouet-Boigny

Sur la centaine de films en compétition au Fespaco, une short list de 15 films a été retenue par l’organisation. Ces films sont réalisés par des jeunes de moins de 45 ans venant d’un pays membre de la CEDEAO et abordant des thématiques qui touchent l’organisation telles que la promotion de la démocratie et l’Etat de droit, la paix et la justice sociale, la fraternité et la solidarité.

Au soir du vendredi 1er Mars 2019, le long métrage Résolution , co-réalisé par Boris Oue et Marcel Sangne a remporté le prix. Leur film raconte  l’histoire de Yenan, une femme puissante qui dirige une usine de cacao.  Mariée à un procureur (interprété par Bruno Henry), sa famille semble parfaite mais au fond se cachent plusieurs blessures profondes qui la détruisent à petit feu. À travers ce film, les auteurs abordent les questions de  violences faites aux femmes en Afrique.

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A propos du conseil de l’entente

Le Conseil de l’Entente est un forum de coopération régionale ouest-africain créé en mai 1959 par la Côte d’Ivoire , le Niger , le Burkina Faso et  le Bénin et rejoint en 1966 par le Togo. Cette organisation, à finalité principalement économique, dispose d’un Secrétariat Exécutif  permanent basé à Abidjan , la plus grande ville de Côte d’Ivoire depuis 1966.

 

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FESPACO 2019 : Deux films d’écoles représenteront le Bénin à ce cinquantenaire.

Du 23 février au 2 Mars 2019, Ouagadougou la capitale du Burkina Faso va vivre les 50 ans du plus grand festival de film et de télévision de l’Afrique. Le Bénin y sera représenté cette année avec seulement deux courts métrages d’écoles, contrairement à l’édition de 2017 à laquelle on était avec 8 films dont 7 en compétition.

A la veille de cette fête du cinéma africain, je vous propose de découvrir les deux films qui vont défendre nos couleurs nationales :

Incompris de Jaures Koukpemedji

Le film raconte l’histoire de Bryan, un jeune bachelier, qui rêve d’être artiste. Son désir est brisé par la volonté imposante et indiscutable de sa mère qui, elle, souhaite voir son fils devenir un médecin. Un bras de fer mère-fils est alors engagé.

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de Giscard Dah Fonton

Satya est une jeune fille de 17ans, orpheline de mère. Elle porte une grossesse de 8 mois dont Mélike âgé de 23ans est l’auteur. Satya vit dans la même maison que sa tante Merveille (interprété par Nadjibath Ibrahim), une jeune femme trentenaire, et Nan sa grand-mère. Merveille nourrit une haine à l’égard de Mélike pour une raison que seules Nan et elle connaissent. Nan demande à Merveille de changer de comportement envers le petit ami de sa nièce. Cette dernière n’y parvient qu’après une série d’évènements qui la renvoient dans son passé.

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Giscard et Jaurès, tous deux étudiants à l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuels ISMA, seront donc nos porte-étendards à ce FESPACO.

Aussi, le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou, étalon d’argent de Yennenga (2017), y assistera en tant que président du jury de la section court-métrage et films d’écoles.

Canal+ Benin Ecranbenin

Le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou

Alors, si vous serez au FESPACO 2019, on peut s’y retrouver. Il suffit de m’envoyer un mail sur info@ecranbenin.net.  Et quand vous y serez, faites un tour au stand du Bénin au MICA afin de découvrir notre cinéma et ce que nous offrons en terme de tourisme.

Rendez-vous est pris donc à Ouaga Doux Goûts ( Ouagadougou).

 

Formation en jeux d’acteurs:Canal+ dévoile le potentiel artistique de 10 jeunes

La salle de cinéma Canal Olympia a abrité, du 04 au 08 février 2019, une séance de formation en jeux d’acteurs au profil des jeunes désireux. Ils étaient plus d’une centaine à s’inscrire mais seuls 10 d’entre eux ont pu bénéficier de cette formation initiée par Canal +, en collaboration avec le réalisateur Sylvestre Amoussou.

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Le réalisateur béninois Sylvestre Amoussou

Dans ses propos liminaires, Sylvestre Amoussou a rappelé que la tâche n’a pas été du tout aisée, mais que grâce à la volonté de tout un chacun des candidats, cela a été une réussite. Il a profité de l’occasion pour inviter le gouvernement à accompagner le cinéma béninois qui a beaucoup de problème pour son essor:  » J’ai du mal à concevoir que le gouvernement de mon pays ait du mal à faire développer le cinéma mais j’ai foi qu’on aura très vite des nouvelles, surtout avec ces nouveaux visages qui vont bientôt illuminer les plateaux de tournage de films au Bénin et à l’international. J’ai eu envie de prendre des jeunes qui n’ont pas encore assez d’expérience pour leur donner les bases du métier. Beaucoup de gens pensent qu’être acteur, c’est faire le guignol, c’est s’amuser. Non, c’est un métier. Je leur ai appris la technique, le travail vocal, comment s’approprier un personnage, comment faire un travail intérieur et d’autres choses inhérentes à un bon jeu d’acteur. Ils ont l’essentiel et je les aiderai du mieux que je peux à continuer de travailler », a déclaré Sylvestre Amoussou, réalisateur et formateur.

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Après cette formation, ces jeunes acteurs, désormais conscients de l’immensité de la tâche qui les attend, ont promis ne pas abandonner leur formation. Ils devront non seulement se perfectionner, mais aussi rendre sur scène les notions acquises avec professionnalisme. « Ce n’est pas facile de se mettre dans la peau du personnage qu’on est en train de jouer. Et moi déjà cette semaine,  j’ai appris et j’ai retenu comment passer d’une émotion à une autre », a confié Yves René M’Bemba, bénéficiaire.

Pour la responsable de l’institution, l’objectif de ce projet est de détecter, d’éclore et de soutenir les talents africains. « Nous avons décidé, depuis la fin de l’année dernière, de lancer des formations parce que l’Afrique est devenu un continent phare pour le groupe Canal + et qu’il faut savoir redonner où il y a des talents. De plus en plus, nos programmes sont africanisés puisque c’est ce qui fonctionne. il faut donc que les gens se reconnaissent à la télé et pour se reconnaître, il faut des personnes locales qui puissent jouer les rôles pour que vous, vous puissiez vous abonner pour vous reconnaître. Donc c’est vraiment dans la chaîne de notre Adn de pouvoir proposer ces formations. Si on arrive à trouver des partenaires, des structures, des institutions et des ministères qui veulent nous accompagner nous sommes preneurs pour travailler tous ensemble », a martelé Grace Loubassou, responsable chargée des relations institutionnelles.

Sylvestre Amoussou n’a pas manqué de crier son ras le bol par rapport à la non émergence du cinéma béninois et l’accompagnement du gouvernement « C’est la principale raison qui m’a poussé à faire connaître beaucoup de Béninois à travers mon film « L’orage africain » avec lequel j’ai été au Fespaco et qui a remporté l’étalon d’argent. Bientôt le Burkina célébrera 50 ans de cinéma du Fespaco et je suis président du jury dans la catégorie court métrage et films d’écoles ». Et il poursuit en disant  » j’y vais, pas pour dire que le Bénin est pays d’honneur, mais en tant que béninois.  » « J’ai l’impression que c’est quand tu évolues ailleurs que le Bénin te reconnait » a t’il fait savoir. Après une semaine de formation, apprenants et formateurs sont fiers du travail abattu. Un projet que Canal+ va certainement renouveler pour faire éclore d’autres talents du cinéma béninois.

Marina Hounnou (coll)

 

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Photo de famille des jeunes formés

 

Claire Diao: « Je pense que le cinéma anglophone est en train de prendre le pas sur celui francophone »

J’ai connu Claire Diao sur TV5 monde Afrique. En effet, je suis abonnée à la rubrique critique cinéma, qu’elle anime deux fois par mois en alternance avec Djia Mambu. Je me suis ensuite abonnée à son site Awotélé. Durant le Festival International de Film de Durban, je l’ai rencontrée en vrai et je lui ai posé quelques questions, après un copieux repas qu’on a partagé.
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Bonjour Claire, présente-toi pour mes lecteurs, s’il te plaît.
Je suis Claire Diao, journaliste et critique de cinéma franco burkinabé. J’ai une société de distribution qui s’appelle  SUDU connexion et j’ai créé qui s’appelle Quartiers lointains. J’ai également cofondé la revue cinématographique panafricaine Awotélé
Ta personnalité est attachée à beaucoup de mots tels que Awotélé, Sudu connexion, quartier lointain. Explique-nous amplement,si tu le veux bien, chacun de ses concepts.
Ok je vais y aller dans l’ordre.
En 2013, j’ai fondé Quartier lointain, qui est un programme itinérant de courts métrages et qui circule entre la France, les Etats-Unis et plusieurs pays d’Afrique. L’idée c’est de proposer, une année, des courts métrages français issus de la diaspora et une année les courts métrages issus de la diaspora d’Afrique, toujours autour d’un thème. Pendant un an, on circule donc avec les films et on reverse les frais de locations aux producteurs.
En 2015, j’ai cofondé avec Michel Amarger une revue de cinéma qui s’appelle Awotélé et qui est publié trois fois par an à l’occasion des grands festivals du continent : les journées cinématographiques de Carthage, le festival international de Durban et le Fespaco au Burkina Faso. C’est une revue bilingue, français-anglais, avec des distributeurs à travers toutes l’Afrique.
En 2016, j’ai monté la société de distribution Sudu Connexion, pour porter à la fois Quartier lointain et Awotélé, mais aussi pour pouvoir proposer aux programmateurs, aux festivals et au chaines de télévision des contenus  d’Afrique et de sa diaspora qui manquent cruellement de visibilité.

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Le dernier numéro de Awotele


N’est-ce pas beaucoup pour une seule personne ?
J’essaie de m’entourer. J’ai beaucoup lancé les projets bénévolement. Cela demande beaucoup d’énergie, de trouver les financements et j’espère, à terme, avoir suffisamment de moyens pour pouvoir embaucher des personnes capables de supporter chacun de ces projets, afin de pouvoir déléguer au maximum.
Tu maîtrises très bien le cinéma anglophone et celui francophone en Afrique. Selon toi, où est-ce que le cinéma connait une belle ascension actuellement ?
Je pense que le cinéma anglophone est en train de prendre le pas sur celui francophone, notamment parce que le cinéma francophone a beaucoup été financé, par la France par exemple, par l’Europe et se développe un peu moins quand il y a une absence de financement. A l’inverse des anglophones qui ont toujours été habitués à se débrouiller d’eux-mêmes et ils ont une vision un peu plus business et commerciale du cinéma alors que du côté des francophones, il y a un amour du film, un amour du cinéma d’auteur.
Tu as récemment fait sortir un livre, Double vague. De quoi traite t-il?
Double vague, c’est le résultat de cinq années d’articles, d’interviews, avec une cinquantaine de cinéastes français, pour la plupart nés dans une double culture souvent de parents étrangers venus en France. Ils ont grandi en tant que Français et cela interroge leur place dans la société et l’image qu’ils ont envie de donner de la France, des gens qui leur ressemblent notamment parce qu’il y a beaucoup de discrimination en France, de représentation stéréotypée des personnes issues de la diaspora.
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Double Vague


Claire, connais-tu le cinéma béninois ? Que sais-tu de notre cinéma ?
Je sais assez peu de chose du cinéma béninois. Je connais le cinéaste Sylvestre Amoussou qui est l’un des principaux cinéastes à présenter des films aux FESPACO et qui auto-produit ces films. J’ai participé en 2012 au festival quintessence de Ouidah. Ça a été ma seule fois au Bénin. J’ai rencontré quelques cinéastes de courts métrages comme Kismath Baguiri. J’ai rencontré aussi Dorothé Dognon qui était directeur de la direction de cinématographie. Et je connais enfin le critique de cinéma Espera Donouvossi et l’ISMA qui est une école de cinéma au Bénin.
Dernière question  Claire, quel est ton top 5 des réalisateurs africains qui vont émerger dans les 10 prochaines années?
Top 5 oulala !!!! C’est dur d’en nommer, ils sont tous talentueux. Je pense que je continuerai de parler de Sibs Shongwe-La Mer, un sud-africain qui avait présenté « Necktie Youth » il y a deux ou trois ans et qui a eu beaucoup de succès, surtout du côté anglophone. Jim Chuchu du Kenya qui a fait avec le collectif NEST « Stories of our lives », qui se démarque avec son approche multidisciplinaire puisqu’il fait aujourd’hui des expositions photos de la réalité virtuelle. Je pense aussi à Kaouther Ben Hania, la réalisatrice tunisienne du film « La belle et la meute », elle s’est fait une place sur la scène internationale et je pense qu’elle continuera à se démarquer dans les années à venir. Le quatrième c’est Dieudo Hamadi de la République démocratique du Congo qui se fait remarquer dans l’univers du documentaire et cinquième Wanuri Kahiu, Rungano Nyoni qui se sont toutes deux faits repérer avec des courts métrages et qui sont passés au premier long avec « Rafiki » et «  I am not a witch ». j’aimerais que sur les prochains films elles nous surprennent, nous épatent. J’ai triché. Il y a ex æquo (rire).
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Claire Diao durant le Festival International de Film de Durban


Crédits Photos: Page Facebook Claire Diao.
 

Aicha Macky, réalisatrice et féministe engagée.

La série Festival International de Film de Durban continue et, aujourd’hui, je fais mon premier article sur le cinéma nigérien. J’ai enfin rencontré la réalisatrice et productrice nigérienne Aicha Macky que j’ai commencée à suivre depuis le dernier FESPACO. Elle a réalisé le documentaire l’Arbre sans fruit qui aborde l’infertilité chez la femme. Ce documentaire a parcouru plus de 150 festivals dans le monde et a remporté plus de 50 prix. J’ai échangé et partagé plusieurs  jours avec la patronne de la boite de production Tabou production.
Aicha, pourquoi ta boite de production s’appelle-t’elle Tabou production ?
Tabou production parce que ma ligne éditoriale, c’est d’explorer tous les sujets tabous et non-dits  de notre société dans le but de briser la glace pour faire un dialogue autour de ces thématiques qu’on n’aborde pas et qui, quelque part,  font mal à la société. J’ai donc envie, avec la caméra, qu’on aborde ces sujets-là afin de changer les mentalités.
Et pour toi, est-ce le documentaire le meilleur genre pour s’exprimer?
Oui, puisque j’aime raconter des histoires réelles. Il est vrai qu’on peut raconter des histoires avec n’importe quel genre du cinéma mais avec le documentaire, l’histoire est beaucoup plus touchante. Elle parle beaucoup plus quand c’est la réalité et qu’elle a été vécue. J’aime surtout aborder les sujets qui parlent des conditions de la femme parce que c’est l’être le plus faible et il y a beaucoup de tabous autour d’elle.
Question polémique, beaucoup me disent que le documentaire n’est pas un genre pour le cinéma mais pour la télé. Ils pensent que c’est un nid d’incapables, dans le style tu as envie de faire du cinéma mais tu n’as pas la force pour tenir en fiction donc tu fais du documentaire. Que penses-tu de cela ?
(Rire) Tu as toi-même vu le résultat au Durban Filmmart : sur 9 bourses accordées, 8 sont allées aux documentaires donc je pense que cela devrait interpeler les gens qui pensent que le documentaire n’est pas un travail. La fiction est si simple, je peux rentrer dans ma chambre et imaginer une histoire. Mais pour faire du documentaire, il faut aller vers les gens, rencontrer un personnage, aimer son histoire, faire des repérages, faire de l’immersion s’il le faut, rentrer dans l’intimité des personnes, prendre autant de temps avent d’écrire juste l’histoire. Je ne suis pas là pour comparer la fiction et le documentaire mais si le cinéma se résumait au loisir, je ne le ferais pas. J’ai choisi de faire le documentaire parce que derrière, il y a un engagement qui est humain, social.
On a vu ton engagement dans le film l’Arbre sans fruit qui raconte ta propre histoire et le quotidien de beaucoup d’autres femmes africaines. Les regards envers toi ont-ils changé ?
Le changement s’observe sur un long terme. Néanmoins, j’ai remarqué que le regard a changé, pas qu’autour de moi mais aussi autour de la question dont j’ai traitée. Ce qui me touche personnellement, c’est quand à la sortie d’une salle, quelqu’un me dit «  ça fait longtemps qu’on a ce problème avec mon épouse, on n’arrive pas à en parler  ou quand on en parle c’est pour me disputer et là je prends l’engagement d’aller en consultation avec elle ». Je pense que le film a déclenché quelque chose. Faire ce film a également été une thérapie pour moi puisque j’ai pu parler de mon problème et c’est pareil pour les autres femmes qui ont intervenu dans le film.

Au dernier festival de Cannes tu as présenté ton nouveau projet « Zinder ». Ce même projet est revenu au Festival international du film de Durban, tu as pitché ton nouveau projet et a d’ailleurs eu le prix Afridocs. Parle-nous de ce nouveau projet et du prix que tu as reçu.
C’est un prix que m’a octroyé Afridocs. Zinder c’est ma ville natale et j’y ai grandi. C’est un havre de paix qui m’a bercée. Après l’évènement Charlie Hebdo le 15 janvier 2015, la ville est devenue tristement célèbre, beaucoup de personnes ont écrit sur la ville, ils ont écrit sur les jeunes de Zinder. Tout le monde raconte la vie de ces jeunes. Aujourd’hui, j’ai envie que ces jeunes se racontent eux-mêmes. Je veux leur donner la parole pour qu’on comprenne qui ils sont, pourquoi ils sont violents parfois. Dans ce film, je vais aussi montrer comment ils vivent quotidiennement puisqu’ils sont, pour la plupart, désœuvrés. Je veux qu’ils montrent leur vision du monde.
Des jeunes violents hein !!! Tu n’as pas peur de les approcher ?
Non, je n’ai pas peur puisque ce ne sont que des préjugés, des jugements. Ils font partie de notre société. Quand son bras est malade, on ne l’ampute pas, on le prend et on le soigne. C’est ce que je veux faire.
 

À propos d’Afridocs :
Afridocs est une plateforme qui diffuse des films documentaires africains. C’est comme avoir un festival de film  sur votre écran qui donne accès à des documentaires puissants et de qualité primés dans les plus grands festivals du monde.

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Le prix Afridocs

 

Ciné Guimbi, de la mort à la vie.

Les salles de cinéma en Afrique, surtout francophone, ont progressivement disparu. Certaines sont devenues des lieux de cultes, d’autres des ghettos, d’autres encore des commerces ou des abris pour toutes sortes de reptiles. Une question que je reçois quotidiennement en tant que blogueuse cinéma c’est: « où voir un film africain ? ». C’est la grande question qui me fait balbutier. Au Burkina, une association a décidé de redonner vie à une salle de cinéma à Bobo-Dioulasso et un crowfunding a été lancé afin que chacun de nous puisse participer à ce merveilleux projet. Berni Goldblat nous en parle brièvement à travers cet entretien.
 
Bonjour Berni, présentes- toi stp.
Je m’appelle Berni Goldblat, cinéaste suisso-burkinabè. Je suis réalisateur, producteur et formateur en écriture documentaire. En 2017 mon long métrage de fiction cinéma, WALLAY, a eu sa première mondiale à la Berlinale et a depuis été sélectionné à 130 festivals et obtenu 17 prix.
Je suis également le président de l’Association de Soutien du Cinéma au Burkina Faso (ASCBF) qui porte le projet de la renaissance du Ciné Guimbi.
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Quel est l’état actuel du Ciné Guimbi ?
Le Ciné Guimbi est une salle de cinéma qui a ouvert en 1957 et qui a fermé en 2005. C’était la salle la plus populaire de Bobo-Dioulasso. Elle est située au centre-ville, non loin de la Mairie de Bobo. Nous avons commencé la lutte en 2013. Il fallait d’abord trouver les fonds pour racheter le terrain qui coûtait 80 millions de franc CFA, la salle appartenait à un particulier. Le nouveau cinéma est en chantier depuis 2015: Une salle de 174 places, un bar restaurant, des bureaux et un centre de ressource. C’est la phase 1 du projet. Lorsque cette phase sera achevée, nous débuteront les travaux de la grande salle de 324 places et une salle multifonction située au dessus qui pourra servir de salle de conférence, de 3ème écran, de salle de formation etc.
Parle nous de l’opération « Sauvons le ciné Guimbi ».
Depuis 2013 l’Association a levé environ 900’000 Euros. Des fonds publics et privés du Burkina, de Belgique, de France et de Suisse, de nombreuses personnes venues de partout, des fondations et des institutions ont contribué. Nous avons un réseau de plus de 80 festivals amis de part le Monde.
Le 8 juin passé une campagne de financement participatif a été lancée pour essayer d’atteindre la somme de 50’000 euros. Nous sommes aujourd’hui à 66% et nous espérons vivement atteindre la sommes prévue avant la deadline fixée au 23 juillet.
Le Ciné Guimbi est devenu le symbole de la résistance des salles de cinéma en Afrique. Le secteur est viable. De grands groupes internationaux ouvrent des salles aujourd’hui sur le Continent. Malgré la piraterie, les bouquets tv, internet etc rien ne remplace l’expérience unique de voir un film dans une salle de cinéma et à plusieurs. Nous sommes ravis de partager notre expérience avec nos collègues sur le Continent et d’ailleurs afin que d’autres Guimbi voient le jour.
A quoi va ressembler le nouveau Ciné Guimbi ?
Il sera bien plus qu’une salle de cinéma, il sera plutôt un centre culturel audio-visuel. Il y aura une priorité mise sur le cinéma africain mais il y aura aussi des films d’ailleurs, des blockbusters, des films d’auteurs, des documentaires etc. Un important volet d’éducation à l’image sera proposé aux jeunes de Bobo. Comme le disait feu Sembene Ousmane, « le cinéma, c’est l’école du soir ». Au Ciné Guimbi on pourra aussi assister à des conférences, découvrir des expositions, regarder des retransmissions de matchs de football, suivre des formations, écouter de la musique, rencontrer du monde, boire un verre et manger.
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On a hâte. Comment soutenir le ciné Guimbi ?
Je demande à tout le monde de faire un tour sur Notre page internet ulule afin de voir les vidéos, les photos et les infos qui expliquent le pourquoi et le comment de la campagne. Sur la page il est possible de contribuer en quelques clics.
Au Burkina Faso il est aussi possible de contribuer via le numéro Mobicash : 62 98 44 43
Ce n’est pas un projet pour Bobo-Dioulasso seulement mais un chantier pour toute l’Afrique. Notre souhait est qu’en 2019, lors du cinquantenaire du Fespaco, la première salle puisse déjà être opérationnelle. Elle sera magnifique, tout le monde se retrouvera à Bobo pour fêter ça.
Vous voulez aider le Ciné Guimbi ? Cliquez ici et n’oubliez pas de partager cet article.
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site web: www.cineguimbi.org

« Ouaga girls» rompt avec les stéréotypes du sexe faible.

Mars, je l’ai dit, est consacré à la femme sur le blog. Je vous fais découvrir aujourd’hui Ouaga girls, un film réalisé par une femme sur les femmes.

Ouaga girls est un documentaire de 83 minutes, réalisé par Theresa Traoré Dahlberg, une jeune suédo-burkinabè. La réalisatrice signe, avec cette œuvre, son premier long métrage, à travers lequel elle nous plonge dans le bleu de huit mécaniciennes en formation à Ouagadougou.
Pourquoi ce film est-il top ?
J’aime les documentaires, mais j’aime encore plus Ouaga girls à cause de l’histoire qui est racontée. Des jeunes femmes venues d’horizon divers, ayant eu des histoires différentes : absence d’une mère pour l’une, maternité trop tôt pour une autre…, chacune des ouaga girls dégage une énergie, une envie de réussir dans le métier choisi, « la mécanique auto ». Dans la discussion, entre les filles du centre professionnel et les hommes qui s’étonnent de voir des filles avec des clés à molette sous des véhicules, on retient qu’il n’y a pas de métier exclusif pour les hommes ni pour les femmes.

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Il n’y a pas de métier exclusif pour les hommes ni pour les femmes


Une femme mécanicienne, on pourrait penser qu’elle perdrait sa féminité, mais ce n’est pas le cas de ces filles, qui prennent soin d’elles. La réalisatrice nous offre même un passage chez la coiffeuse où l’une des futures mécaniciennes se rend belle. La coiffeuse, un peu surprise d’ailleurs, lui jette un «  tes cheveux ne vont pas te déranger ?  », auquel elle répond : «  non, il suffit que j’attrape bien et je ferai mon travail ».
Elles savent aussi s’amuser, entre les potins en classe, les sorties dans les boites de nuit et les concerts. Des filles équilibrées en somme.
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Le film, contrairement à certains films documentaires, n’ennuie pas, les histoires racontées accrochent, les images sont très fluides, le son est également présent avec une belle musique de film, sur laquelle le père de la réalisatrice, Richard Saidou Traoré, a travaillé. On a l’impression, en suivant ce long métrage, qu’on est dans le film et qu’on est caché dans une pièce de laquelle on découvre le secret des huit Ouaga girls. On est partout : à la maison, à l’école, dans les lieux de détente, chez la psychologue, etc. On est même présent pendant les examens et on sait qui essaie de tricher ou pas.
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Bintou une Ouaga Girl et sa petite fille à la maison


La motivation de Theresa
J’ai suivi deux fois Ouaga Girls et, à la fin de la deuxième visualisation, j’ai discuté avec Theresa sur le film. Je sais que les films sur les minorités marchent bien mais je voulais comprendre ses motivations. Elle m’a répondu ceci : « Je suis intéressée par les sujets qui abordent les choix que nous faisons dans la vie. Ce qui se cache derrière nos décisions, comment la société nous influence. J’ai fait un premier film Taxi sister sur un chauffeur de taxi à Dakar. J’ai fait ensuite Ouaga girls que je trouve intéressant puisque ces filles sont comme des pionnières. Elles sont venues à l’école pour différentes raisons. J’ai eu envie de les suivre dans leur quotidien : école, maison, vie nocturne. Je voulais aussi faire un film où je pouvais laisser le cinéma fier, plein d’énergie et plein d’espoir et c’est que je crois avoir fait dans Ouaga girls ».
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Theresa Traoré Dahlberg


Je ne sais pas si ce billet vous a mis l’eau à la bouche mais si vous êtes intéressé et que vous vous trouvez à Ouagadougou ou en France, le film passe actuellement en salle. Par contre, si vous êtes hors de ces deux pays, aucun problème. Vous n’avez qu’à patienter car, il sera bientôt diffusé sur TV5 monde. Je vous dirai quand c’est le moment sur ma page Facebook. Aimez la page pour avoir l’information.  Cliquez ici
 

Tout sur l'actrice béninoise Nadjibatou Ibrahim

BandeNadjibatou IBRAHIM fait partie des actrices émergentes de la zone ouest africaine. Je l’ai découverte dans le film Parinceste du réalisateur togolais Antonio Tchangai Palouki : j’avais été fascinée par son jeu d’acteur. Par la suite, je l’ai retrouvée dans plusieurs courts métrages, réalisés par les étudiants de l’ISMA. Elle a confirmé son talent en remportant le prix de la meilleure actrice béninoise lors des ciné229 awards. Vu que je rends hommage aux femmes cinéastes sur le blog en ce mois de mars, je suis allée la rencontrer afin que ceux qui ne la connaissent pas la découvrent. Interview
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Bonjour Nadjibath. Peux-tu faire une brève présentation de toi pour mes lecteurs ?
Nadjibatou IBRAHIM. Je suis commerciale de formation mais j’exerce dans le domaine culturel en tant qu’artiste comédienne, au théâtre et au cinéma. Je suis en couple et j’ai deux enfants.
Généralement, les gens commencent par le théâtre pour finir au cinéma mais toi, tu as fait l’inverse. La transition, ou plutôt, le mélange des deux arts, comment cela s’est-il effectué?
(Rire)…Ça n’a pas été difficile. J’ai commencé avec le cinéma en 2009 et j’ai fait mes premiers pas au théâtre avec Tola KOUKOUI, dans la pièce « Kondo le Requin », en 2016. Et ça m’a fait plaisir de travailler aux côtés d’un des plus grands du monde théâtral béninois. Je pense que le Théâtre et le Cinéma sont complémentaires et je compte bien évoluer dans les deux.

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Nadjibath sur un plateau de tournage


Y a-t-ils des comédiens d’autres générations qui t’inspirent ou qui t’ont inspirée ?
Bien sûr. Il faut toujours avoir des piliers sur lesquels s’appuyer et moi, je m’appuie sur les doyens Tola KOUKOUI et Ignace YETCHENOU, auprès desquels j’apprends beaucoup.
Beaucoup de passion quand on t’entend parler, mais est-ce facile d’être actrice au Bénin ?
Pas facile d’être actrice au Bénin, car certaines personnes dans notre société nous voient comme des ratés et d’autres nous traitent de dingues. Ils ne comprennent pas qu’on puisse décider de faire carrière dans le cinéma … Bref, je leur réponds que c’est une question de passion et que moi, j’ai fait mon choix!
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Nadjibath Ibrahim joue dans la nouvelle série KUTUNU du réalisateur béninois Aymar Esse


Dans quel grand film as-tu déjà joué ?
(Rire)… Pour moi, tous les films sont grands car il faut beaucoup d’efforts, et pas des moindres, pour faire un film. Mais j’ai eu la chance de travailler avec de grandes maisons de production telles que LAHA PRODUCTION, GANGAN PROD, et des réalisateurs tels que Ignace YETCHENOU, Aymar ESSE et Giscard DAH FONTON. J’ai également travaillé sur le projet ciné nomade et, dernièrement, avec le réalisateur togolais Joël M’BAKA TCHEDRE.
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Elle a le rôle principal dans le dernier court métrage du realo togolais Joël M’Baka Tchedre


Parlant de réalisateurs, avec qui as-tu vraiment apprécié la collaboration ?
Question piège (sourire ). J’apprécie tous les réalisateurs avec lesquels je travaille car, sur chacun des plateaux, pour moi, c’est une opportunité pour apprendre.
Quel est ton pire souvenir sur un plateau ?
Je n’en ai pas encore. Les souvenirs, j’en ai de bons jusque-là, pas de pire.
Est-ce que passer derrière la caméra (devenir réalisatrice) te tente ?
Oui, c’est en projet. Je compte faire de la réalisation dans quelques années et pour finir, produire: Actrice- Réalisatrice- Productrice, tel est mon plan de carrière.
Bonne chance Nadji. Tu étais au dernier FESPACO au Burkina Faso. Que manque t’il, selon toi, au cinéma béninois pour qu’il se hisse au rang des grandes nations de cinéma ?
Ma participation au FESPACO, l’année dernière, m’a permis de comprendre qu’au Bénin, nous souffrons d’une mauvaise organisation dans le monde culturel. Nous avons du potentiel chez nous mais nous ne savons pas l’exploiter.
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Nadjibath et Berni Goldblat le réalisateur du film Walai au Fespaco 2017


Et quel a été ton film coup de cœur à ce festival ?
Mon film coup de cœur pour cette édition du FESPACO est :  Frontières d’Apolline TRAORE, qui traduit les vraies réalités des frontières et met sur le tapis la force des femmes.

Bande annonce frontière☝☝☝☝

Tilaï, de Idrissa Ouédraogo  Du classicisme africain !  

La loi est dure mais c’est la loi ; force et respect doivent y rester. Là-dessus, les constitutionnels sont fermes. Mais, avant le droit écrit positif, les sociétés africaines étaient fondées sur un droit naturel. La morale et l’éthique venaient aisément inspirées des us et coutumes : le droit coutumier.
Le cinéma africain, à travers le chef d’oeuvre historique Tilaï du Burkinabè Idrissa Ouédraogo réalisé en 1990, porte évidemment les griffes d’une sentence ferme prononcée sur des fondements légalement coutumiers.
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Tilaï est une histoire d’amour compliqué, de morale, de loi, de principes, d’honneur et de courage. La femme qui commet l’adultère n’a pas sa place dans la société africaine traditionnelle. Ce principe est encore plus sévèrement puni quand il s’agit de l’inceste. Toute l’histoire de Tilaï se situe là. Une histoire purement africaine et qui dépasse les seules frontières du Burkina Faso où il a été réalisé. Toute l’Afrique est concernée par cette histoire et même le principe serait universel ! Avec ses thématiques variées, l’histoire de Tilaï reste l’une des plus touchantes et mémorables du cinéma africain. Elle est racontée avec une certaine sobriété et simplicité du langage, portée par de belles images, des décors qui rapprochent l’histoire à son espace et à son époque.
Amour, jalousie, honneur, courage et tuerie sont autant de thèmes abordés dans ce long métrage de 81 minutes tourné en 35 mm et qui, depuis 1990, a eu le mérite de ne jamais ennuyer son public qui l’a toujours redemandé.
Malgré son ancrage linguistique (réalisé en mooré, une langue nationale au Burkina Faso), l’œuvre – pleine de belles images expressives et de symbolismes métaphoriques – porte en elle le langage universel que peut comprendre tout spectateur. C’est le principe du beau cinéma.
Saga (joué par l’indomptable Rasmané Ouédraogo) qui avait quitté son village, n’y revient que deux ans plus tard. Au cours de son absence, son père a pris pour épouse sa fiancée. À son retour, se manifesta sa jalousie ; son amour pour l’ex-fiancée – la désormais femme de son père – est resté intact et réciproquement. Il commit l’adultère avec la femme de son père et tous deux tombèrent sous le coup de la loi. La sentence tombe : Saga doit être exécuté. D’une façon rhétorique bien choquante et pour la beauté de l’oeuvre, Idrissa Ouédraogo fait choisir le frère de Saga pour exécuter la sentence.
Tuera-t-il vraiment son frère pour respecter les principes des coutumes ? Avant de trouver la réponse à cette interrogation, le père de la femme adultère doit sauver son honneur dans le village.
Idrissa raconte de belle manière une histoire africaine avec une thématique bien pointue et artistiquement bien ficelée. Une histoire classique dont la réalisation a tout du beau cinéma pour plaire à des générations et des générations. Les personnages venant de toutes les catégories de la société, le décor original d’un village africain et les plans éloignés montrant d’une vue d’ensemble, le village et son paysage ; ce sont autant d’éléments qui portent bien le langage et le succès de ce film. Le beau paysage sec et l’accoutrement des acteurs sont d’une façon métaphorique en accord avec l’histoire et la dureté ainsi que la tristesse de la sentence prononcée.
Couronné grand prix du jury au festival de Cannes en 1990, la même année de sa réalisation, ce film dramatique d’une durée modeste reste accrocheur et mémorable, partout où il est vu.
Projeté par le Cinéma Numérique Ambulant dans les villages africains, cette fiction a toujours été accueilli par les villages comme un documentaire réalisé sur leur quotidien. Même si les réalités ne sont plus typiquement les mêmes dans certaines contrées africaines, il n’en demeure pas moins évident que ses principes sont restés chers à ces villageois qui y accordent respect et vocation.
Tilaï reste l’un des grands films de l’histoire du cinéma et jusqu’à nos jours continue d’être en phase avec tout un public qui le voit pour la première fois. À chaque édition de Cannes, quand il s’agit de faire le bilan des performances des cinémas africains, Tilaï s’impose comme une loi inévitable.

Critique publiée sur www.africine.org en Juin 2009. ( Espéra G. Donouvossi).

Trois films africains à voir à la St Valentin

Hello les cinéphiles amoureux ou célibataires ! J’espère que vous vous portez bien. Aujourd’hui, c’est la St Valentin et j’ai voulu, en cette période, voir des films d’amour africains afin de vous les proposer. Durant mes recherches, j’ai compris que les africains n’étaient pas vraiment dans le feeling «  ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Les réalisateurs optent, beaucoup plus, pour un mélange de drame et de romance. Je vous propose donc, dans ce billet, trois films que j’ai vus et qui parlent d’amour
Ben et Ara de Nnegest Likké (Cameroun/USA)
Ce film éthiopien et américain de 84 minutes est un mélange d’histoire d’amour et de religion. Il raconte l’histoire de Ben, un étudiant préparant un PhD en philosophie très poussé vers la raison et d’Ara, (rôle interprété par Constance Ejuma) une jeune femme musulmane qui ne jure que par Allah. La raison ou la foi ou encore l’amour ? Ce film est un mélange de tragédie et de magie. Ce n’est pas pour rien qu’il a remporté autant de prix dans les festivals (Festival international du film panafricain de Canne, écrans noirs, African Movie Academy…).

 
 
 
 Pacte de Joël Tchedré (Togo)
Si vous suivez Pacte, vous ne ferez jamais un pacte de sang, ni avec votre amoureux ni avec personne d’autre d’ailleurs . Dans ce film, on a affaire à un couple, lié par un pacte de sang pour la vie et la mort. La femme meurt et revient hanter son mari « préféré ». Elle est partout et le dérange sans cesse. Exaspéré, il se donne finalement la mort pour la rejoindre. Il dure 17 minutes et a été réalisé par le togolais Joel Tchedre. Le film a participé à plusieurs festivals tels que le FESPACO , le FESTICAB, et le Toukountchi au Niger.

Miranda de Blaise Ntedju (Cameroun)
David est beau et riche mais ne parvient pas à trouver une femme sincère pour l’aimer. Elles veulent toutes de son argent. Il finit par rencontrer Miranda, se déguise en pauvre et prend le nom de Valentin. Les deux filent le parfait Amour. Cependant, la mère de Miranda est contre cette relation. Pour elle, sa fille mérite mieux. Elle tente, sans succès, de la donner en mariage à un riche homme du village. Miranda découvrira plus tard que son Valentin lui avait menti sur sa situation financière et elle le rejette,se sentant trahie. Mais l’amour étant plus fort et sous l’influence de sa mère, elle retourne vers lui. Même si j’ai trouvé un peu brusque cette façon de dire Non et Oui par la suite, ça reste un beau film à voir en couple le 14 février pour ceux qui rêvent d’une soirée cinéma.

Ma liste n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à me proposer d’autres films africains sur la même thématique si vous en connaissez

Paulin Soumanou Vieyra, premier réalisateur d’Afrique Subsaharienne

Si Paulin Soumanou Vieyra était encore en vie, il aurait 93 ans aujourd’hui (né le 31 janvier 1925). Pour son anniversaire de naissance, je vous offre ce billet qui aborde tout ce que vous devez savoir sur celui-là qui est considéré comme le père du cinéma d’Afrique noire francophone.
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Là où tout a commencé…
Il est né à Porto-Novo (capitale du Bénin ex Dahomey) et est béninois, naturalisé sénégalais. Soucieux de son avenir, son père l’envoie étudier en France à l’âge de 10ans. Il découvre le cinéma à Paris en paraissant comme figurant dans un film interprété par Gérard Philipe. Il a ensuite étudié ensuite le cinéma à l’institut des hautes études cinématographiques (aujourd’hui la FEMIS) et est le premier africain à avoir foulé le seuil de cette école.
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Afrique- sur-seine…
En 1955, Paulin Soumanou Vieyra a réalisé avec Robert Caristan, Jacques Mélo Kane et Mamoudou Sarr  Afrique- sur-seine son premier court métrage. C’est une fiction de 21 minutes qui raconte la vie des étudiants africains à Paris et la nostalgie qu’ils éprouvent loin de leur terre natale. Après cette expérience, PSV a réalisé plusieurs films documentaires et un seul long métrage. Il a écrit plusieurs livres sur le cinéma africain et fut le mentor de Ousmane Sembène. Il a, de ce fait, contribué à la réalisation de plusieurs de ses films (Le Mandat, Xala, Ceddo) tout en occupant de grandes fonctions dans l’administration sénégalaise. Il fut également historien du cinéma africain et a été à l’origine de la Fédération Panafricaine des Cinéastes.
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Après PSV…
Le 4 novembre 1987, Paulin Soumanou Vieyra décède à Paris des suites d’une crise cardiaque.
Son fils Stéphane Soumanou Vieyra a créé l’association PSV-Film qu’il dirige. Cette association organise de nombreuses activités afin de faire connaître les œuvres de Paulin Soumanou Vieyra et de lui rendre hommage.
En 2005, Ousmane Sembène rend un hommage au fils du Dahomey dans là revue de Présence Africaine, Numéro 170, Cinquante ans de cinéma africain, Hommage à Paulin Soumanou Vieyra.
Son buste inauguré le dimanche 26 février 2017 trône au siège du FESPACO et un hommage spécial lui a été rendu lors de l’édition 2017 du festival.
Des prix dans d’autres festivals portent son nom. Environ 31 ans après sa mort, il demeure un monument pour le cinéma africain.


De là où tu es, joyeux anniversaire Paulin Soumanou Vieyra.
 
Crédits photos:
Festival cinéma d’Afrique, PSV film