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Rencontre avec l’actrice sénégalaise Fatou Jupiter Touré

Si vous avez regardé la série « C’est la vie » de Marguerite Abouet, vous êtes sûrement tombé amoureux de la belle, douce et gentille sage-femme Assitan. Au FESPACO dernier, j’étais avec elle et j’ai pu recueillir quelques mots d’elle pour Ecranbenin. Croyez-moi, Fatou Touré (son vrai nom) est aussi douce que Assitan.

Fatou Jupiter Touré.  Jupiter c’est vraiment ton prénom ?

Bien sûr! je m’appelle réellement Jupiter (rire). C’est un prénom qu’on retrouve assez couramment au Sénégal. C’est vrai que c’est un prénom plutôt masculin, mais on le retrouve souvent dans une ville appelée St Louis et c’est de là que mon homonyme est originaire.

Je connais la camerounaise Lucie Memba Bos qui est passé d’actrice à productrice, toi c’est le contraire.

C’est le cours normal de la vie hein. Moi j’ai commencé avec le théâtre à l’université. Ensuite, j’ai rejoint une école de cinéma où je restais devant et derrière la caméra. On a étudié en tronc commun et moi à la fin de ma formation, j’ai travaillé à la production de mon école. Puis j’ai continué comme productrice et technicienne audiovisuelle.

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L’actrice productrice camerounaise Lucie Memba Bos

Et est-ce après cela que tu as rejoint la série  « C’est la vie » comme actrice ?

Non non. «  C’est la vie » n’est pas mon premier film dans lequel je jouais comme actrice mais c’est cette production  qui m’a révélée hors du Sénégal. Avant cela, j’ai été membre de plusieurs compagnies, j’ai joué dans des publicités et des courts-métrages. «  C’est la vie » qui  m’a révélée au public à une époque où je voulais juste être scénariste. Je voulais être scénariste sur la production et on m’a proposé le casting.

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Fatou Jupiter Touré interprète de Assitan dans la série « C’est la vie » (ph: VBLOCH.COM)

Finalement, tu as fait les deux (scénario et acting) sur la production ?

Pas du tout. Je n’ai plus touché à l’écriture. Je n’avais plus le temps parce que quand ça commence, c’est vraiment une grosse machine. La première saison a duré 6 mois de tournage et donc c’était impossible de faire autre chose.

Et une journée de tournage sur « C’est la vie » ressemble à quoi ?

La journée pour moi commence à 5h.On vient me chercher à 6h du matin, je travaille jusqu’à 18h et le temps de rentrer il est 20h. Et je prépare les jeux du lendemain. Dans la journée, on a une de pause d’une heure  donc le rythme est assez soutenu.  Et ça va très vite.

Après « C’est la vie », direction le  Ghana pour travailler sur « Yellow Pepper » la série du bouillon culinaire Maggie.

Oui, c’est ce que j’appelle les belles surprises de la vie. La production de « Yellow Pepper » cherchait dans chaque pays de l’Afrique de l’ouest et du centre  un acteur ou  une actrice qui pouvait représenter son pays et c’est comme cela que j’ai été choisie pour le Sénégal.  Deux autres sont venus de la Côte d’Ivoire, une autre du Cameroun et d’autres du  Nigéria et du Ghana

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Fatout Touré et ses collègues sur la série « Yellow Pepper

Et quel rôle as-tu joué ?

Je jouais le rôle d’un agent infiltré, enquêtrice aux affaires économiques. Il y avait une fraude dans une banque et j’étais dépêchée par  le ministère des finances pour venir enquêter donc j’avais une sorte de double rôle. J’étais une voisine parfaite qui avait une fille mais derrière, je tenais mon rôle d’enquêtrice.  J’avoue que c’est une expérience qui m’a beaucoup amusée parce que ça a changé du caractère très souriant d’Assitan  de «  C’est la vie ».

Yellow Pepper n’était pas unilingue, il y avait du français et de l’anglais. Comment vous compreniez-vous sur le plateau ?

Le but de la série, c’était faire rencontrer le monde francophone et celui anglophone.  A l’université, j’ai étudié l’anglais et dans mon parcours il m’arrivait de le pratiquer. Quand j’ai participé au casting via WhatsApp, je n’étais pas très sûre de l’anglais et lorsque j’ai eu le rôle, j’ai commencé à écouter BBC, regarder les films en anglais etc… après ils ne cherchaient pas forcément quelqu’un qui avait un anglais académique.

Après « Yellow Pepper » qu’as-tu fait ?

J’ai tourné dans une série sénégalaise toute nouvelle qui est en montage actuellement, réalisée par une jeune femme très dynamique qui s’appelle Fatim Cissé et la série s’appelle « Djiguène » qui veut dire Femme en langue Wolof et elle parle de la femme dans la  société sénégalaise d’aujourd’hui entre la modernité et la tradition, des femmes qui se battent pour apporter quelque chose au développement et surtout de la solidarité féminine qui est importante pour moi.

A propos de femme, de féminisme et de solidarité, les femmes ont lancé au fespaco le mouvement #MêmePasPeur. Qu’est-ce que tu en penses ?

C’est une très bonne chose  parce que la femme est au cœur de toutes les activités et souvent dans les représentativités, on se rend compte que nous sommes minoritaires, et certaines femmes sont confrontées à des problèmes auxquels les hommes ne font pas forcément face et c’est souvent dans le silence.  J’étais dans la salle quand Azata Soro a raconté son histoire et il y a eu beaucoup d’autres témoignages. Je pense que c’est une bonne chose que la parole des femmes soit libérée mais surtout qu’elle soit suivie d’action parce qu’il ne faut plus qu’on soit seules.

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« Je pense que c’est une bonne chose que la parole des femmes soit libérée »

Pour finir Fatou, tu organises pour ce mois d’avril des Awards au Sénégal. Peux-tunous en dire plus ?

(Enthousiaste) Ah oui !!!! C’est d’ailleurs la principale raison de ma présence au FESPACO. J’organise le 25 avril prochain les Terranga Movies Awards (TMA) qui sera une cérémonie de récompense du cinéma et de l’audiovisuel pour l’Afrique et la diaspora. Le but de cette cérémonie, c’est de faire de Dakar une plaque tournante, une porte ouverte sur l’Afrique de par sa position géographique. Apporter une alternative à ce qui existe déjà comme le FESPACO, une alternative qui aura une touche particulière parce que c’est la diaspora et l’Afrique qui sont au centre de l’évènement et au-delà de cette cérémonie, l’autre objectif en tant que sénégalaise c’est faire un évènement qui va durer dans le temps. L’évènement sera donc annuel.  La veille de l’évènement, il y aura une table ronde avec les personnes du monde du cinéma et de l’audiovisuel afin de parler, pour cette première édition, de comment trouver des financements durables pour le cinéma parce qu’on est très dépendant de certains guichets.

Crédits Photos: Fatou Jupiter Touré

Interview Kismath Baguiri "je préfère le Bénin même si pour le moment il ne m’offre pas les meilleures opportunités"

Kismath Baguiri fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes béninois hyper motivée que j’aime. Elle est scénariste, réalisatrice, actrice de cinéma et organise depuis 2017 le Ciné229Awards. C’est la grande cérémonie qui récompense les acteurs du cinéma, qui se sont fait remarquer durant l’année. J’étais chez elle et devant nos bouteilles de bissap, elle a répondu à mes questions. Mais avant je lui ai demandé de faire un serment, parce-que notre jeune cinéaste est une grande cachotière.
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Bonjour Kismath. Alors en début d’interview, je voudrais que tu jures de tout dire à Ecranbénin, de n‘esquiver aucune question.
(Rire pendant un bon moment) On est au tribunal ???? Je vais répondre à toutes les questions sous réserve. Mais bon je promets, je vais répondre à tes questions dans la mesure du possible.
Kismath Baguiri, c’est qui  réellement ?
Kismath Baguiri, c’est une jeune béninoise qui a fait ses études à Parakou, et qui a ensuite continué dans le cinéma puisqu’elle est passionnée par l’art, tout ce qui est beau… Kismath c’est une jeune scénariste, réalisatrice, comédienne et chanteuse. Elle est attachée à des valeurs telles que la loyauté, l’humilité.
En tant que comédienne tu as quels films à ton actif ?
J’ai joué dans mon propre film, Health War, ensuite j’ai joué dans le film rhum’heure du réalisateur togolais Maxime Tchincoun qui a eu le Kodjo Ebouclé au clap Ivoire 2016, j’ai joué dans beaucoup de films d’étudiants et dans une série en Côte d’Ivoire « Intrigue à Babi ».
 
Et tant que scénariste et réalisatrice ?
J’ai à mon actif 2 court métrages fictions : « Health War » et  « Game over »  que j’ai écrit et réalisé, et mon tout dernier bébé qui est la saison deux de la série « Ting Tang » que j’ai réalisé. J’ai écrit le scénario « la bonne maitresse » une série ivoirienne.
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Parlant de Ting Tang, la salle était pleine à l’avant-première, ça fait quoi de voir le public béninois supporter notre cinéma.
Hum, Franchement j’étais surprise, ça nous a fait super plaisir. Ça veut dire que les gens croient en nous, et en ce que nous faisons. C’était très émouvant.

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Quelques membres de l’équipe technique de Ting Tang


Tu travailles aujourd’hui entre la Cote d’Ivoire et le Bénin, quel pays préfères-tu?
(Hésitante) C’est vrai que je suis sollicitée des deux côtés mais je reste béninoise à vie, donc je préfère le Bénin même si pour le moment il ne m’offre pas les meilleures opportunités. On est justement en train de travailler pour que les gens commencent à comprendre ce dont il s’agit réellement dans notre domaine et commencent à nous accompagner.
Ce n’est pas compliqué d’être à la fois chanteuse, comédienne et réalisatrice ?
Non, tous ces domaines se rejoignent, dans un film il y a des chansons, donc c’est simple pour moi de proposer des musiques de film, pour mes propres films ou pour les films d’autres auteurs. Pour le jeu d’acteur, c’est bien que j’ai des notions d’actorat afin de diriger les comédiens sur mes plateaux en tant que réalisatrice.
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KISMATH sur un plateau de  tournage


C’est quoi ton palmarès au jour d’aujourd’hui ?
J’ai eu mon plus gros palmarès avec le film Health War qui a été sélectionné à plusieurs festivals comme Emergence au Togo, Africlap en France, Ficmec et le Rebiap à Parakou, où il a eu le prix du meilleur montage et meilleure réalisation. Il a été sélectionné en Egypte, et a également participé à la fête du cinéma avec Canal+. Il est actuellement en compétition pour le Festimaj. J’ai aussi eu le prix du meilleur scénario au festival des séries en Côte d’Ivoire avec « Intrigue à Babi » et mon actrice Eliane Tapé a eu le prix de l’interprétation féminine.
Avec ton association Terre D’ében tu organises depuis l’année dernière l’évènement ciné229, tu peux me rappeler le concept stp ?
C’est une soirée au cours de laquelle on récompense les meilleurs jeunes talents du domaine cinématographique. La particularité, c’est que tout le monde est récompensé, technicien, acteurs,… La première édition a eu lieu en décembre 2017 et nous sommes en train de préparer la seconde édition.
Quelle va être la particularité de ciné229awards 2018 ?
On aura éventuellement des invités internationaux qui ont déjà donné leur accord de principe, les lauréats de l’édition passée feront un film qui sera projeté à cette édition. Cela permet de cultiver l’union, l’entraide entre les cinéastes de la nouvelle génération. Donc si des personnes ont envie de se positionner comme sponsors ou partenaires, c’est le moment.
Je sais et je sens que tu es en train de travailler sur un nouveau projet. Parles-nous du projet et n’oublie pas le serment du début.
Hahaha le fameux serment !!! C’est bien deviné, mais je ne travaille pas sur un, mais sur plusieurs projets en même temps. Il y en a qui sont prioritaires. Parmi eux il y a la promotion de la série Ting Tang, l’organisation de la seconde édition de ciné229awards et la réalisation de mon prochain court métrage. Je sais que tu veux que je parle du film mais je ne le ferai pas avant avoir bouclé le projet. La seule chose que je peux te dire, c’est que ça raconte l’histoire d’une domestique et parmi les actrices du film, il y a la talentueuse Carole Lokossou. Mais c’est promis, Ecranbenin verra le film en premier.
Je suis rassurée. Dernièrement tu étais sur deux festivals, Série-Série et les Journées Cinématographique de la Femme Africaine de image au Burkina Faso où tu as rencontré de grandes dames telles que Marguerite Abouet et Naky Sy Savané, qu’est-ce que tu as appris durant ces Festivals ?
J’ai appris énormément. A Série Série, j’ai rencontré assez de producteurs, réalisateurs dont j’avais vu les œuvres par le passé, j’ai eu assez de conseils, de techniques et d’approches pour mes projets.
J’ai bénéficié de beaucoup de conseils avec Marguerite Abouet. Naky Sy aujourd’hui, c’est ma maman d’un autre pays. J’ai appris de ces deux grandes dames. Aux JCFA j’ai rencontré des femmes merveilleuses qui font beaucoup pour le cinéma africain. C’est dommage qu’elles n’aient pas la même cote de popularité que les hommes
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Kismath au côté de certaines cinéastes africaines pendant les JCFA


Pour finir, qu’est ce qui reste selon toi au Bénin, pour devenir une vraie nation du cinéma ?
Il reste beaucoup de choses à faire, mais il faut saluer le travail des cinéastes. Il y a de plus en plus de projets de qualité qui sortent du Bénin. Il faut mettre en place une meilleure politique pour la promotion de notre cinéma, rouvrir nos salles qui ont fermées. Il faut que les chaines de télévision apprennent à consommer les productions béninoises, et il faut que le public apprenne aussi à consommer le cinéma local.