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Interview Kismath Baguiri "je préfère le Bénin même si pour le moment il ne m’offre pas les meilleures opportunités"

Kismath Baguiri fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes béninois hyper motivée que j’aime. Elle est scénariste, réalisatrice, actrice de cinéma et organise depuis 2017 le Ciné229Awards. C’est la grande cérémonie qui récompense les acteurs du cinéma, qui se sont fait remarquer durant l’année. J’étais chez elle et devant nos bouteilles de bissap, elle a répondu à mes questions. Mais avant je lui ai demandé de faire un serment, parce-que notre jeune cinéaste est une grande cachotière.
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Bonjour Kismath. Alors en début d’interview, je voudrais que tu jures de tout dire à Ecranbénin, de n‘esquiver aucune question.
(Rire pendant un bon moment) On est au tribunal ???? Je vais répondre à toutes les questions sous réserve. Mais bon je promets, je vais répondre à tes questions dans la mesure du possible.
Kismath Baguiri, c’est qui  réellement ?
Kismath Baguiri, c’est une jeune béninoise qui a fait ses études à Parakou, et qui a ensuite continué dans le cinéma puisqu’elle est passionnée par l’art, tout ce qui est beau… Kismath c’est une jeune scénariste, réalisatrice, comédienne et chanteuse. Elle est attachée à des valeurs telles que la loyauté, l’humilité.
En tant que comédienne tu as quels films à ton actif ?
J’ai joué dans mon propre film, Health War, ensuite j’ai joué dans le film rhum’heure du réalisateur togolais Maxime Tchincoun qui a eu le Kodjo Ebouclé au clap Ivoire 2016, j’ai joué dans beaucoup de films d’étudiants et dans une série en Côte d’Ivoire « Intrigue à Babi ».
 
Et tant que scénariste et réalisatrice ?
J’ai à mon actif 2 court métrages fictions : « Health War » et  « Game over »  que j’ai écrit et réalisé, et mon tout dernier bébé qui est la saison deux de la série « Ting Tang » que j’ai réalisé. J’ai écrit le scénario « la bonne maitresse » une série ivoirienne.
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Parlant de Ting Tang, la salle était pleine à l’avant-première, ça fait quoi de voir le public béninois supporter notre cinéma.
Hum, Franchement j’étais surprise, ça nous a fait super plaisir. Ça veut dire que les gens croient en nous, et en ce que nous faisons. C’était très émouvant.

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Quelques membres de l’équipe technique de Ting Tang


Tu travailles aujourd’hui entre la Cote d’Ivoire et le Bénin, quel pays préfères-tu?
(Hésitante) C’est vrai que je suis sollicitée des deux côtés mais je reste béninoise à vie, donc je préfère le Bénin même si pour le moment il ne m’offre pas les meilleures opportunités. On est justement en train de travailler pour que les gens commencent à comprendre ce dont il s’agit réellement dans notre domaine et commencent à nous accompagner.
Ce n’est pas compliqué d’être à la fois chanteuse, comédienne et réalisatrice ?
Non, tous ces domaines se rejoignent, dans un film il y a des chansons, donc c’est simple pour moi de proposer des musiques de film, pour mes propres films ou pour les films d’autres auteurs. Pour le jeu d’acteur, c’est bien que j’ai des notions d’actorat afin de diriger les comédiens sur mes plateaux en tant que réalisatrice.
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KISMATH sur un plateau de  tournage


C’est quoi ton palmarès au jour d’aujourd’hui ?
J’ai eu mon plus gros palmarès avec le film Health War qui a été sélectionné à plusieurs festivals comme Emergence au Togo, Africlap en France, Ficmec et le Rebiap à Parakou, où il a eu le prix du meilleur montage et meilleure réalisation. Il a été sélectionné en Egypte, et a également participé à la fête du cinéma avec Canal+. Il est actuellement en compétition pour le Festimaj. J’ai aussi eu le prix du meilleur scénario au festival des séries en Côte d’Ivoire avec « Intrigue à Babi » et mon actrice Eliane Tapé a eu le prix de l’interprétation féminine.
Avec ton association Terre D’ében tu organises depuis l’année dernière l’évènement ciné229, tu peux me rappeler le concept stp ?
C’est une soirée au cours de laquelle on récompense les meilleurs jeunes talents du domaine cinématographique. La particularité, c’est que tout le monde est récompensé, technicien, acteurs,… La première édition a eu lieu en décembre 2017 et nous sommes en train de préparer la seconde édition.
Quelle va être la particularité de ciné229awards 2018 ?
On aura éventuellement des invités internationaux qui ont déjà donné leur accord de principe, les lauréats de l’édition passée feront un film qui sera projeté à cette édition. Cela permet de cultiver l’union, l’entraide entre les cinéastes de la nouvelle génération. Donc si des personnes ont envie de se positionner comme sponsors ou partenaires, c’est le moment.
Je sais et je sens que tu es en train de travailler sur un nouveau projet. Parles-nous du projet et n’oublie pas le serment du début.
Hahaha le fameux serment !!! C’est bien deviné, mais je ne travaille pas sur un, mais sur plusieurs projets en même temps. Il y en a qui sont prioritaires. Parmi eux il y a la promotion de la série Ting Tang, l’organisation de la seconde édition de ciné229awards et la réalisation de mon prochain court métrage. Je sais que tu veux que je parle du film mais je ne le ferai pas avant avoir bouclé le projet. La seule chose que je peux te dire, c’est que ça raconte l’histoire d’une domestique et parmi les actrices du film, il y a la talentueuse Carole Lokossou. Mais c’est promis, Ecranbenin verra le film en premier.
Je suis rassurée. Dernièrement tu étais sur deux festivals, Série-Série et les Journées Cinématographique de la Femme Africaine de image au Burkina Faso où tu as rencontré de grandes dames telles que Marguerite Abouet et Naky Sy Savané, qu’est-ce que tu as appris durant ces Festivals ?
J’ai appris énormément. A Série Série, j’ai rencontré assez de producteurs, réalisateurs dont j’avais vu les œuvres par le passé, j’ai eu assez de conseils, de techniques et d’approches pour mes projets.
J’ai bénéficié de beaucoup de conseils avec Marguerite Abouet. Naky Sy aujourd’hui, c’est ma maman d’un autre pays. J’ai appris de ces deux grandes dames. Aux JCFA j’ai rencontré des femmes merveilleuses qui font beaucoup pour le cinéma africain. C’est dommage qu’elles n’aient pas la même cote de popularité que les hommes
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Kismath au côté de certaines cinéastes africaines pendant les JCFA


Pour finir, qu’est ce qui reste selon toi au Bénin, pour devenir une vraie nation du cinéma ?
Il reste beaucoup de choses à faire, mais il faut saluer le travail des cinéastes. Il y a de plus en plus de projets de qualité qui sortent du Bénin. Il faut mettre en place une meilleure politique pour la promotion de notre cinéma, rouvrir nos salles qui ont fermées. Il faut que les chaines de télévision apprennent à consommer les productions béninoises, et il faut que le public apprenne aussi à consommer le cinéma local.

La série béninoise Ting Tang au cinéma dès le 13 Mai

Pour nous qui rêvons de voir des films béninois de qualité en mangeant du pop corn dans une vraie salle de cinéma, c’est un rêve qui deviendra bientôt réalité. La deuxième saison de la série béninoise Ting Tang sera projetée au public, en avant-première, le dimanche prochain (13 Mai 2018). Pour les personnes qui, comme moi, ont raté la première saison, je vous fais une mise à jour vite fait (je me suis aussi mise à jour).
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« Ting Tang » est une série comique, d’épisodes de 5 minutes, qui se déroule dans un quartier populaire de Cotonou, capitale économique du Bénin. Chaque épisode met en scène le chef de quartier (joué par le talentueux Dragomir) et ses administrés ou présente des scènes entre les administrés eux-mêmes. Dans un style humoristique, ils abordent les problèmes sociaux tels que la cybercriminalité, la pollution sonore commise par les églises, l’immigration clandestine, le sexe et l’argent, l’infidélité et les relations sexuelles intergénérationnelles.

Ting Tang est destiné au grand public et a pour ambition d’occuper le cœur des cinéphiles béninois, au détriment des télénovelas auxquelles les chaines de télévisions nous ont habitués et qui ne reflètent nullement notre quotidien.
Un autre point fort, c’est une série faite par 100% de jeunes. Elle est produite par Kebo Okioh de Claxik Media et réalisée par Kismath Baguiri. Alain Nounagnon a assuré la direction de la photographie et il y a eu avec eux de talentueux techniciens pour garder le clap, la caméra, les micros, les lumières…

Equipe technique

L’équipe technique choc de Ting Tang


Alors, puisqu’une image vaut mille mots, je vous invite à vivre vous-même l’ambiance de la série Ting Tang, au CanalOlympia de Wologuèdè, dimanche prochain à 17h (vous êtes au courant que CanalOlympia ne connait pas l’heure béninoise, n’est-ce pas ?). Les billets sont en vente à 3000 et 5000 Franc CFA au 62196060. A la fin de la projection, n’hésitez pas à me dire, ici en commentaire ou sur la page Facebook Ecranbenin, si vous avez aimé ou pas.
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